Opéras La scala di seta à Pesaro
Opéras

La scala di seta à Pesaro

11/09/2026
© Amati Bacciardi

Teatro Rossini, 22 août

Tout comme celui de L’occasione fa il ladro, le décor de La scala di seta se construit à vue pendant l’Ouverture. Le petit deux-pièces cuisine très design de Giulia, dont le plan se reflète dans un grand miroir en fond de scène, est conçu pour que le jeu de cache-cache qui fait toute l’intrigue soit évident au spectateur, mais la direction d’acteurs de cette reprise du spectacle de Damiano Michieletto ne respectant guère les cloisons et les portes invisibles, l’effet est brouillé et il s’en dégage une impression de confusion.

Vétéran de la production originale de 2009, Paolo Bordogna n’a rien perdu de sa vis comica et incarne le valet naïf, abruti et gaffeur, avec toute la verve voulue. La voix, en revanche, n’a plus tout à fait le même lustre et laisse passer de nombreuses inégalités de registre et une tendance à chanter uniformément forte qui gâte son premier duo avec Hasmik Torosyan. En Giulia, la soprano arménienne n’a plus la légèreté et la fraîcheur de ses jeunes années, mais sa voix plus corsée et un peu large donne beaucoup de caractère à cette jeune femme indépendante. En Dorvil, Alasdair Kent, voix extrêmement légère, à l’aigu pincé, n’a certes pas la couleur de tenore di grazia attendue, mais le style y est et sa tenue scénique associée à son physique de jeune premier le sauvent quelque peu. L’imposant baryton de Iurii Samoilov convient bien à l’avantageux Blansac qu’il joue dans un registre volontairement sans finesse de macho bling bling, et l’on regrette, vu la qualité de sa voix, qu’il soit privé de son air d’insertion apocryphe. Savoureuse dans son rôle de vieille fille se muant soudainement en bombe sexuelle, Mara Gaudenzi ne fait qu’une bouchée de son air de sorbet et Enrico Iviglia compose finement son personnage de tuteur suspicieux.

Nonobstant ce plateau d’excellent niveau, quelque chose manque à l’ensemble. Sans doute faut-il en accuser la direction sans fantaisie d’Iván López Reynoso qui, malgré une certaine rigueur, perd ses solistes dans le quatuor et peine à insuffler un véritable rythme à l’action, voire à faire exister pleinement la poésie du « rendez-vous nocturne » qui dénoue l’intrigue.

ALFRED CARON

Enrico Iviglia (Dormont)
Hasmik Torosyan (Giulia)
Mara Gaudenzi (Lucilla)
Alasdair Kent (Dorvil)
Iurii Samoilov (Blansac)
Paolo Bordogna (Germano)
Iván López-Reynoso (dm)
Damiano Michieletto (ms)
Paolo Fantin (dc)
Alessandro Carletti (l)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras La donna selvaggia à Fano

La donna selvaggia à Fano

Opéras Le Siège de Corinthe à Pesaro

Le Siège de Corinthe à Pesaro

Opéras L’occasione fa il ladro à Pesaro

L’occasione fa il ladro à Pesaro