Covent Garden, 6 juillet
Après trente-cinq ans d’absence, I puritani revient à Covent Garden dans une nouvelle lecture de Richard Jones qui a vocation à rester au répertoire. Rareté ? Signée Andrei Șerban, la production du début des années 1990 venait du Welsh National Opera : la précédente mise en scène montée pour la salle londonienne était en fait celle de Franco Zeffirelli pour Joan Sutherland en 1964.
Six décennies plus tard, on ne fera pas de Lisette Oropesa l’héritière de la « Stupenda » : la soprano américaine est l’une des reines du bel canto actuel et Elvira est devenu l’un de ses rôles signatures. Les aigus sont limpides et précis, la voix d’une virtuosité et d’une souplesse impressionnantes, mais sa texture est, à ce stade en tout cas, plus mince. Ce qui n’empêche de se délecter de son « Son vergin vezzosa » comme de son « Vien, diletto », mais aussi d’apprécier – et c’est devenu plus essentiel aujourd’hui qu’il y a soixante ans – ses qualités d’actrice, notamment dans la fameuse scène de folie.
On admire aussi Francesco Demuro qui, par une technique éprouvée, arrive à négocier dès son entrée les multiples suraigus de la partition, tout en conférant à son Arturo un style soigné et d’une grande musicalité. Si le Giorgio Valton d’Ildebrando D’Arcangelo impressionne également par son autorité et son expérience, on est moins convaincu par le Riccardo d’Andrzej Filończyk, à l’émission plus d’une fois étouffée – sans compter que la lecture caricaturale faite du personnage, noirci au point de le voir tuer Arturo au final, a tendance à gommer toute nuance.
Pour ses débuts à Covent Garden, Riccardo Frizza livre une direction efficace et précise, mais trop carrée et peu subtile, et les rares rubati y semblent bien prévisibles. L’approche du chef italien sied idéalement aux parties guerrières de la partition, mais semble triviale et frustrante quand il s’agit d’accompagner l’expression des sentiments amoureux.
Avec un souci constant de lisibilité, Richard Jones met scrupuleusement en scène chaque détail du livret, et va même jusqu’à ajouter sous forme de projections vidéo calligraphiées des lettres qu’auraient pu s’échanger les protagonistes et qui permettent de comprendre l’action. Hormis la réécriture du lieto fine, il est vrai peu crédible, du livret, la lecture de l’Anglais est globalement fidèle. D’une grande précision, sa direction d’acteurs dépeint adéquatement la confusion des personnages dans l’oppressante communauté fermée des puritains, et on admire le métier avec lequel il gère les grandes scènes de foule.
Mais le plaisir est également visuel. Quelques détails et la diversité des costumes laissent bien entendre que l’action pourrait se passer à n’importe quelle époque et que les histoires de haines sont intemporelles, mais l’impression dominante créée par les décors élégants de Hyemi Shin est bien celle d’une guerre civile du XVIIe siècle : l’intérieur d’une forteresse aux murailles anthracite, des ogives gothiques, des sacs de sable pour occulter les rares ouvertures et, au centre, un élément mobile, tour à tour chambre nuptiale, chapelle ou cellule de prison. Avec, aussi, de superbes lumières qui créent d’émouvants clairs-obscurs.
Blaise Malaba (Lord Gualtiero Valton)
Ildebrando D’Arcangelo (Sir Giorgio)
Lisette Oropesa (Elvira)
Francesco Demuro (Lord Arturo Talbo)
Andrzej Filończyk (Sir Riccardo Forth)
Giorgi Guliashvili (Sir Bruno Roberton)
Marcela Rahal (Enrichetta di Francia)
Riccardo Frizza (dm)
Richard Jones (ms)
Hyemi Shin (d)
Nicky Gillibrand (c)
Adam Silverman (l)
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