Esglesia del Carme, 26 juillet
Si opéras et mélodies d’Alberto García Demestres ont parsemé l’histoire du Festival de Peralada, c’est pour cette quarantième édition que le compositeur a écrit un cycle complet de mélodies. Diario di una madre, sur un livret de Cristina Pavarotti, aborde les réflexions d’une mère en rapport à sa fille, de la grossesse jusqu’aux derniers instants. Le texte, mû par l’amour et la transmission, s’intercale dans une chambre en désordre ou dans des matins pressés, convoque des discussions sur le désir d’enfant ou le harcèlement de rue.
La partition va à l’encontre de ces ambiances foisonnantes, en standardisant son langage récitatif dans un systématisme mélodique : une ligne ambulante et flottante qui se cherche, entrecoupée d’aigus incisifs, avant que de nouveaux doutes de la mère ne dissipent les précédents, à moitié résolus. Alberto García Demestres touche davantage à la prosodie instantanée qu’à la marche inexorable du temps qui modifie les perceptions maternelles d’une enfant trop vite adulte.
Le pianiste Rubén Fernández Aguirre distille idéalement une mécanique du désordre, tirant parti de toutes les citations (Ravel, Puccini, Aretha Franklin…), avec un toucher qui joue entre les portées. La soprano Sabina Puértolas se coupe en quatre pour donner du sens là où la musique n’en a pas toujours. Son interprétation, aux changements d’une malléabilité extrême, est admirable du fait que le chant reste saisi par une émotion qui laisse grande ouverte la porte de son monde intérieur.
THIBAULT VICQ
Sabina Puértolas (soprano)
Rubén Fernández Aguirre (piano)
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