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Les Mamelles de Tirésias à Mulhouse

02/04/2026
Jessica Hopkins, Brigitta Listra et Inès Prevet. © Klara Beck

Théâtre de la Sinne, 15 mars

Après Colmar, Les Mamelles de Tirésias font halte au Théâtre de la Sinne avant de reprendre la route dans un format d’opéra de poche, assez léger pour circuler de salle en salle sans rien perdre de son mordant. La réduction pour deux pianos n’a d’ailleurs rien d’anecdotique : séduit par l’ouvrage de Poulenc, Benjamin Britten, avec Viola Tunnard, en donna en 1955 une version allégée, pensée pour en favoriser la diffusion. Cette forme mobile convient idéalement à ce drame surréaliste où Apollinaire renverse d’un même geste les rôles sociaux, les identités assignées et la morale nataliste. En privilégiant la veine la plus légère et la plus acidulée de la pièce, Jean-François Kessler laisse toutefois un peu en retrait ce qui en fait aussi le prix : l’écart presque cruel entre cette fantaisie débridée et la violence du temps de guerre qui l’a vue naître.

Installée sur un rivage de fantaisie, entre carte postale balnéaire et lumière rétro, l’action peut ainsi assumer ses ruptures, ses bonds et ses changements de ton sans chercher à les lisser. Le spectacle avance avec une liberté presque chorégraphique, dans un mouvement continu que servent les éléments colorés d’Emmanuelle Bischoff et les lumières précises d’Arnaud Viala. Dans cette forme allégée, tout repose sur l’engagement de la troupe de l’Opéra Studio. Sous l’impulsion de Sandrine Abello, les pianos d’Anaëlle Reitan et Thibaut Trouche donnent à la partition son ressort, son nerf et ses brusques changements d’humeur.

Vocalement, la soirée séduit d’abord par son allant collectif. Jessica Hopkins campe une Thérèse vive, agile et bien projetée, avec l’éclat qu’appelle le rôle. Pierre Romainville prête au Mari une présence qui dépasse la seule cocasserie, grâce à une diction nette et une projection franche. Thomas Chenhall colore solidement le Gendarme d’un timbre plus sombre, tandis qu’Eduard Ferenczi Gurban et Iannis Gaussin multiplient les interventions avec précision et sens du trait. Inès Prevet et Brigitta Listra complètent avec style et élégance un ensemble très tenu.

DAVID VERDIER

Jessica Hopkins (Thérèse/Tirésias, La Cartomancienne)
Iannis Gaussin (Le Journaliste parisien, Lacouf)
Pierre Romainville (Le Mari)
Eduard Ferenczi Gurban (Le Directeur, Le Fils, Presto)
Thomas Chenhall (Le Gendarme)
Inès Prevet (La Marchande de journaux)
Brigitta Listra (Une dame élégante)
Louisa Stirland (Une autre dame)
Sandrine Abello (dm)
Jean-François Kessler (ms)
Emmanuelle Bischoff (dc)
Arnaud Viala (l)

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