Concerts et récitals Iolanta à Rouen
Concerts et récitals

Iolanta à Rouen

16/03/2026
Bogdan Volkov et Mané Galoyan. © Caroline Doutre

Théâtre des Arts, 5 mars

Iolanta, ultime chef-d’œuvre lyrique de Tchaïkovski, créé en 1892 en diptyque avec le ballet Casse-Noisette, fut longtemps négligé hors de Russie. Sa fin généreuse réunissant les protagonistes d’un drame qui, sans la science, l’amour et l’ouverture d’esprit de chacun, n’irradierait pas de lumière, demeure pourtant leçon positive même pour notre époque. La France doit à Rostropovitch, Vichnevskaïa et Erato une première rencontre en 1984, en concert, Salle Pleyel. Depuis, l’œuvre a gagné nombre de scènes, au TCE, à Monte-Carlo, Toulouse, Nancy, avant d’éblouir Aix, Paris et Lyon. La partie est désormais gagnée, et Rouen vient à son tour inscrire brillamment sa leçon, sans qu’on ressente le manque de la scène. 

Ben Glassberg en est l’heureux responsable, avec son Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen – qu’il laissera en fin de saison à Pierre Dumoussaud ; hasard, ce dernier vient lui aussi de diriger Iolanta à Bordeaux. Tout ici est équilibre, cohésion, retenue quand trop d’éclat serait néfaste, lente montée dramatique pour qu’enfin, bride lâchée, l’émotion vous saisisse, pour célébrer de façon chorale – excellent Chœur Accentus – la vue enfin accordée à l’héroïne.

Mané Galoyan est une magnifique Iolanta, fragile et volontaire, aveugle et éblouie. Elle évite surtout l’écueil d’un trop de splendeur, façon Netrebko, trop femme faite déjà, qui ruine la candeur du personnage. Sa fraîcheur, la tendresse de son timbre plein et charnu, l’engagement de ses aigus font merveille. Bogdan Volkov a ceci d’exceptionnel qu’il adapte sa voix si naturelle d’émois à chaque rôle, distinguant radicalement l’Idiot psychotique de Weinberg du tendre Lenski et du chevaleresque Vaudémont : un amoureux discret (sa « Romance ») qui peu à peu s’enflamme jusqu’à porter le duo de l’acte I à l’irrésistible. Dommage qu’il se refuse à jouer, du visage, du geste, alors qu’il est un acteur si fascinant en scène.

D’un physique autrement engagé, le Robert de Vladislav Chizhov remplit son air d’un timbre somptueux aux aigus transcendants. Ilia Kazakov n’exploite guère ses capacités réelles à descendre au plus profond dans son arioso, et c’est aux scènes suivantes qu’il montre quel Roi René saisissant il est. Avec Thomas Lehman, Ibn-Hakia autoritaire, d’emblée persuasif, Lucile Richardot, Marthe généreuse formant avec Lise Nougier et Anne-Lise Polchlopek un écrin idéal au sommeil de la princesse, avec les excellents Nicolas Legoux (Bertrand) et Maciej Kwaśnikowski (Alméric), c’est un sans-faute, comme tout ce concert, éblouissant.

PIERRE FLINOIS

Ilia Kazakov (Le Roi René)
Vladislav Chizhov (Le Duc Robert)
Bogdan Volkov (Le Comte Vaudémont)
Thomas Lehman (Ibn-Hakia)
Maciej Kwaśnikowski (Alméric)
Nicolas Legoux (Bertrand)
Mané Galoyan (Iolanta)
Lucile Richardot (Marthe)
Lise Nougier (Brigitte)
Anne-Lise Polchlopek (Laure)
Ben Glassberg (dm)

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