Opéras Pelléas et Mélisande à Monte-Carlo
Opéras

Pelléas et Mélisande à Monte-Carlo

10/03/2026
Lea Desandre et Huw Montague Rendall. © OMC/Marco Borrelli

Salle Garnier, 28 février

Autant on pouvait être surpris d’entendre du Wagner à l’Opéra de Monte-Carlo en raison de la dimension de la salle (moins de 600 sièges !), autant Pelléas y trouve naturellement sa place. Car l’œuvre, qui fut créée, rappelons-le, à l’Opéra-Comique, a besoin d’une proximité avec le public pour être vraiment comprise : il faut percevoir chacun de ses mots – et de ses silences – pour s’y immerger pleinement. Mais il faut aussi avoir les interprètes capables de l’incarner et de lui rendre totalement justice, car, plus que d’autres encore, elle demande autant de qualités musicales que de talent de comédien.

C’est ce qui se produit pour ces représentations, avec une distribution qui frise l’idéal. On ne sait qui louer le plus dans cette production où chaque chanteur semble non seulement à sa place, mais avoir été conçu pour interpréter le rôle. Commençons par Lea Desandre, qui inscrit le rôle de Mélisande à son répertoire. La jeune chanteuse au timbre fruité épouse naturellement la rythmique de Debussy, son phrasé s’inscrit dans la partition avec la même facilité et la même fluidité que la langue parlée. Et sur le plan théâtral, elle « est » Mélisande dans toute son évidence, le rôle lui va comme un gant. Avec sa grâce, sa silhouette diaphane, sa présence en scène, elle incarne de manière bouleversante ce personnage mystérieux, qu’elle approfondira encore, sans doute, au fil des productions.

À ses côtés, le Pelléas de Huw Montague Rendall, qui a déjà incarné le rôle à l’Opéra National de Paris, dans la mise en scène de Wajdi Mouawad, ne lui est en rien inférieur. Beau sur scène, lui aussi avec un naturel confondant, il fait preuve d’une projection remarquable et d’un style précis et élégant. Laurent Naouri, qui a beaucoup chanté Golaud, est désormais Arkel avec une autorité, une assurance musicale et une humanité qui impressionnent. Bel et ravissant Yniold de Jennifer Courcier dans ce rôle plus complexe qu’il n’en a l’air, et la Geneviève un rien rigide de Marie Gautrot fait preuve d’une tenue impeccable.

Mais la palme revient au Golaud de Gerard Finley. On sent le baryton canadien très impliqué dans le rôle. Sa prononciation est absolument admirable, on comprend chaque mot (comme l’ensemble de la distribution d’ailleurs), sa ligne de chant reste toujours mesurée, son jeu d’acteur est entièrement convaincant et il apporte au personnage une ambiguïté et une profondeur rarement atteintes. On se souviendra longtemps de ce Golaud déchirant et déchiré, qui oscille sans cesse entre jalousie et tendresse.

Kazuki Yamada, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, déploie toutes les subtilités et les nuances de la partition. Il n’est pas pour rien dans la réussite de cette mémorable soirée, en respectant parfaitement l’équilibre entre l’orchestre et les voix, et en faisant en sorte que l’œuvre se suive comme une pièce de théâtre, ou plutôt comme une conversation musicale qui n’exclut ni les éclats ni les épanchements lyriques.

Jean-Louis Grinda, qui fut longtemps le directeur de l’institution avant Cecilia Bartoli, revient pour une mise en scène un peu étrange, qui oscille entre le réalisme et l’abstraction. Toute l’œuvre est vue comme un flash-back, puisqu’au début, Golaud, menotté, est présenté à un juge et que l’on comprend donc que les faits se sont déjà déroulés. Mais par la suite, ce sont dans des espaces abstraits, mentaux, que l’action est située, ponctuée par tout un jeu de lumières et surtout de tubes fluorescents dû à Laurent Castaingt. C’est souvent beau, parfois un peu facile – la question qui se pose avec Pelléas est de savoir si l’on rajoute du mystère au mystère ou si, au contraire, on impose une certaine lecture de l’œuvre, comme avait pu le faire, par exemple, Christophe Honoré à l’Opéra de Lyon –, mais favorise avec sensibilité et discrétion la magie musicale qui se dégage de l’interprétation.

PATRICK SCEMAMA

Laurent Naouri (Arkel)
Marie Gautrot (Geneviève)
Huw Montague Rendall (Pelléas)
Gerald Finley (Golaud)
Lea Desandre (Mélisande)
Jennifer Courcier (Yniold)
Przemyslaw Baranek (Le Médecin)
Kazumi Yamada (dm)
Jean-Louis Grinda (ms)
Laurent Castaingt (dl)
Jorge Jara (c)

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