Stiftung Mozarteum, Großer Saal, 22 janvier
Le concert d’ouverture de la « Semaine Mozart » fait le lien entre le thème de cette édition, « Lux Æterna » – le rayonnement du compositeur et de son œuvre n’étant pas près de s’éteindre ! – et le précédent, « Destination Mozart », qui s’attachait aux sources d’inspiration du génie de Salzbourg dans les musiques l’ayant précédé. Aussi Monteverdi et Haendel sont-ils mis en regard avec Mozart, en une passionnante galerie de rôles déjà abordés à la scène par Emily D’Angelo.
Après une Ouverture de Lucio Silla fort enlevée (il y en aura trois au programme), la jeune mezzo-soprano canadienne fait son entrée, comme à l’accoutumée impressionnante par sa stature, son port et l’impact d’une voix sombre et prenante. Nous surprend en revanche, par rapport aux fois précédentes, une émission désormais très couverte, donnant un son assez compact et artificiel. « Disprezzata regina » de L’incoronazione di Poppea s’en accommode particulièrement mal, ce recitar cantando demandant moins de son et beaucoup plus de texte et de couleurs. D’autant qu’accompagnée au continuo seul (clavecin et luth se joignant au violoncelle solo du Danish Chamber Orchestra), la chanteuse n’a pas à se soucier de faire du son.
Les extraits d’Ariodante sont plus convaincants, malgré un orchestre moderne qui lisse le discours en un legato constant. Le pathétique « Scherza infida », pris judicieusement dans un tempo ne s’enlisant pas dans la lenteur, touche par la sincérité de l’interprète, qui habite les longues notes tenues de son timbre androgyne. Dans « Dopo notte », son cheval de bataille en maints concours, la joie du défi surmonté est toujours au rendez-vous, même si l’on remarque une vocalise toujours athlétique mais moins déliée, et même un peu embarrassée dans la partie « A ». Heureusement, la reprise acrobatiquement ornée la retrouve parfaitement à l’aise, et lui vaut un triomphe.
Mais le sommet du concert est, en seconde partie, la grande scène de La clemenza di Tito, « Parto, ma tu, ben mio », en parfaite osmose avec la remarquable clarinette solo de Jonas Lyskjær Frølund, pour un Sesto mâle et tendre à la fois, dont les déchirures s’exhalent en de bouleversants piani, pour s’achever dans d’étourdissantes coloratures et des si bémol fulgurants.
C’est vraiment dans cette pièce, et aussi dans la Symphonie n° 40 qui suit, que la direction énergique et sensible d’Ádám Fischer se montre la plus évidente. Un beau lancement de festival.
THIERRY GUYENNE
Ádám Fischer (dm)