Chapelle Royale, 20 décembre
Après Grétry en 2023 et Gluck en novembre dernier à l’Opéra-Comique, Théotime Langlois de Swarte poursuit son aventure dans la direction d’orchestre mais, cette fois, sans son ensemble Le Consort. Avec ce Messiah à la tête de l’excellent Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, le violoniste prouve qu’il a raison de persévérer. Son Haendel tendu, parfois un rien précipité, montre un beau sens des nuances, un goût raffiné pour les contrastes et un engagement qui séduisent. On regrette un peu qu’un entracte mal placé, au beau milieu de la deuxième partie, ne vienne interrompre la remarquable cohérence de sa lecture, la faisant paraître quelque peu morcelée à la reprise, alors que la première, tout d’une pièce, montrait un sens du récit très convaincant. Ses tempi parfois un peu rapides mettent à l’épreuve l’excellent Chœur de l’Opéra Royal dans les parties les plus vocalisées, mais on apprécie le parfait équilibre entre voix masculines et féminines, une parfaite homogénéité dans les unissons et un engagement qui ne faiblit jamais.
Il manque à la distribution une cinquième voix, mezzo ou second soprano, car celle de Gwendoline Blondeel, si elle apporte une belle luminosité au récit de la Nativité, paraît moins adaptée aux parties plus sombres de la Passion. Les parties d’alto et le fameux « He was despised » trouvent en Paul-Antoine Bénos-Djian un interprète singulièrement inspiré. Avec son timbre chaleureux, sa voix d’une parfaite homogénéité sur toute la tessiture, le contre-ténor donne à ses interventions une profondeur proprement mystique. Après une introduction d’une grande douceur, le ténor Laurence Kilsby se révèle d’une autorité tranchante dans ses prophéties menaçantes, notamment dans « Thou shalt break them ». Quant à Morgan Pearse, son baryton n’a pas tout à fait la profondeur attendue pour les « ténèbres » de la première partie, mais il se révèle d’une remarquable puissance et d’une résistance impressionnantes dans les fureurs tempétueuses de « Why do the Nations » prises à un tempo d’enfer, et s’impose dans son annonce de la Résurrection où l’accompagne brillamment la trompette de Serge Tizac. Au final, le chef propose en guise de bis la reprise du célèbre « Hallelujah », faisant lever (et chanter ?) le public, à la mode anglo-saxonne et américaine.
ALFRED CARON
Gwendoline Blondeel (soprano)
Paul-Antoine Bénos-Djian (contre-ténor)
Laurence Kilsby (ténor)
Morgan Pearse (baryton)
Théotime Langlois de Swarte (dm)