Opéras Zelmira à Pesaro
Opéras

Zelmira à Pesaro

30/08/2025
© Amati Bacciardi

Auditorium Scavolini, 19 août

Sans doute inspiré par le lieu, l’ancien Palafestival rénové, où sont passées tant de productions atypiques, Calixto Bieito a choisi de mettre en scène cette nouvelle Zelmira dans un dispositif rompant avec la théâtralité classique. Son décor, un long proscenium éclairé par les dessous, où il a également mis la fosse d’orchestre, occupe tout le « parterre » et relègue le public sur les gradins tout autour de l’auditorium. Sa vision moins narrative que symbolique peut paraître souvent absconse à qui ne connaîtrait pas l’intrigue de l’opéra, d’autant plus que l’installation prive le spectateur de tout recours au texte, faute de surtitres, et qu’il lui faut donc affronter un flot d’images très sophistiquées qui se refusent à tout premier degré.

Le metteur en scène invente un personnage de « vieillard » omniprésent où il faut sans doute voir l’incarnation de la tragédie antique. Tiré de la fosse pleine de terre où il dormait, il va hanter les personnages tout au long de la pièce. Antenore, l’usurpateur, est devenu immature et névrosé, lié par une forte dépendance affective et sexuelle à son confident, le Leucippo de Gianluca Margheri, auquel son baryton puissamment timbré donne autant de présence que l’impressionnant torse bodybuildé qu’il expose avec une satisfaction maligne. Enea Scala semble encore avoir progressé dans son appropriation des rôles de « baryténor », avec un grave volumineux et une maîtrise totale des écarts de registre. Il se coule avec complaisance dans ce personnage, esclave de ses pulsions.

Zelmira trouve en Anastasia Bartoli une interprète qui en incarne à la perfection la force combative, avec sa grande voix de soprano dramatique sombre, capable de magnifiques nuances, dont le chant s’est encore affiné depuis son Ermione de 2024 (voir O. M. n° 206 p. 58 d’octobre). Elle fait valoir ce phrasé subtil qu’elle semble avoir hérité de sa mère, de magnifiques contres et une vaillance de tous les instants. Un élément manque à cette fille qui protège la vie de son père, incarné par Marko Mimica, vocalement peu raffiné : la tendresse maternelle. Au finale, elle refuse d’embrasser l’enfant qui l’entoure de ses bras, comme si elle voyait déjà en lui un des ces hommes qui l’oppriment et la torturent. Elle semble déléguer son rôle de mère à sa compagne Emma à qui Marina Viotti prête son timbre riche de mezzo colorature. Le metteur en scène lui fait d’ailleurs assumer pendant son air du deuxième acte une étonnante scène de parturition, comme si au-delà de protéger l’enfant, elle accouchait elle-même du futur roi.

L’idée de la guerre est omniprésente dans la scénographie et c’est en vétéran épuisé, barda sur le dos et casque à la main qu’apparaît Ilo, dans un mouvement scénique en totale contradiction avec son air d’entrée triomphant. Lawrence Brownlee porte son personnage avec beaucoup de vaillance mais le metteur en scène en fait d’un bout à l’autre un être traumatisé et dépassé par les événements. Transformé en ange de la paix, Eacide, son confident, donne l’occasion à Paolo Nevi de faire valoir une belle voix de ténor très centrale et une magnifique articulation. Malgré quelques excès visuels, tel le Grand Prêtre de Shi Zong dans un accoutrement sûrement censé évoquer le caractère décadent du règne de Lesbos, les idées du metteur en scène créent un climat d’une grande force, en restituant avec efficacité la violence qui caractérise cet opéra où règnent terreur et trahison.

Le chœur du Teatro Ventidio Basso et l’Orchestre du Comunale de Bologne, de retour à Pesaro, se révèlent absolument exemplaires sous la direction de Giacomo Sagripanti qui, à l’unisson de la mise en scène, restitue pleinement la puissance dramatique du dernier « opera seria » napolitain de Rossini. Au final, malgré la qualité de la distribution et de la direction d’orchestre, la complexité de la mise en scène, très « intellectualisée », a tendance à phagocyter l’émotion et prive le spectateur d’un accès plus immédiat à la beauté de la partition dont le caractère dramatique et la parenté avec Ermione apparaissent de façon plus évidente que dans la production de 2009 (voir O. M. n° 44 p. 55 d’octobre).

ALFRED CARON

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