Nationaltheater, 30 juin
Retrouver Zubin Mehta au pupitre de cette Turandot, production munichoise qu’il avait lui-même créée il y a quinze ans (voir O. M. n° 69 p. 43), était une perspective séduisante. Mais le maestro indien, désormais âgé de plus de 90 ans et semble-t-il très fatigué, s’est fait remplacer avec un préavis court par Henrik Nánási puis Andrea Battistoni. Ce qui accentue encore l’effet de scission de ces six soirées de reprise en deux groupes de trois, avec des chefs et distributions totalement différents, l’affiche vocale de début juin (Olga Maslova, Jonas Kaufmann, Ermonela Jaho et Dmitry Ulyanov) paraissant du reste nettement plus équilibrée que celle réunie ensuite pour le festival de juillet…
La production de Carlus Padrissa (La Fura dels Baus) demeure plutôt fonctionnelle, même si beaucoup de ses gadgets technologiques, hier d’avant-garde, paraissent aujourd’hui datés. En revanche, ce qui ne convainc vraiment pas, c’est la direction d’orchestre d’Andrea Battistoni, même avec l’excuse de répétitions réduites voire inexistantes. Une gestique sémaphorique, dont l’absence d’emprise sur le chant souligne surtout la trivialité mélodique latente de nombre de passages de l’ultime partition de Puccini, du moins si on ne les traite pas avec assez de prudence.
Vocalement aussi, on est à la peine, avec pour seul élément saillant la formidable Turandot de Sondra Radvanovsky, ce qui rend encore plus frustrant qu’on omette tout duo final dans cette production. Le Calaf de Yonghoon Lee se contente de bien placer ses aigus de bronze par-dessus un orchestre qui tente fréquemment de le couvrir, et triste destin que celui de la Liù de Golda Schultz, voix toujours jolie mais déstabilisée par trop de vibrato, et visage enlaidi par un atroce grimage livide pseudo asiatique qui ne devrait plus avoir cours. Timur correct de Christian Van Horn et seconds plans de haute volée, mais tout cela n’est pas assez pour une représentation de festival, en principe vouée à l’exceptionnel.
LAURENT BARTHEL
Sondra Radvanovsky (Turandot)
Kevin Conners (Altoum)
Christian Van Horn (Timur)
Yonghoon Lee (Calaf)
Golda Schultz (Liù)
Vitor Bispo (Ping)
Tansel Akzeybek (Pang)
Samuel Stopford (Pong, Il Principe di Persia)
Bálint Szabó (Un mandarino)
Andrea Battistoni (dm)
Carlus Padrissa/La Fura dels Baus (ms)
Roland Olbeter (d)
Chu Uroz (c)
Urs Schönebaum (l)
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