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Trouble in Tahiti & Arias and Barcarolles à Massy

01/02/2026
Natalie Pérez, Max Latarjet, Cécile Madelin et Lucas Pauchet dans Trouble in Tahiti. © Benoit Auguste

Opéra, 11 janvier 

Rarement monté en raison de sa brièveté – seulement 45 minutes –, Trouble in Tahiti n’avait pas paru sur une scène française depuis la version de la compagnie Les Apaches, à l’Athénée en 2018. Pour cette nouvelle coproduction entre Opera Fuoco et l’Opéra de Massy, David Stern a eu l’heureuse idée de le coupler avec Arias and Barcarolles, un cycle de mélodies plus rare encore datant de la dernière période créatrice du compositeur. Donné dans la continuité de l’opéra et dans sa version orchestrée, ses huit airs offrent à l’acte unique un complément d’une totale évidence. Comme une sorte d’écho intime, un prolongement, ils semblent approfondir les personnages du petit opéra où Bernstein, librettiste et compositeur, met en scène les tourments d’un couple de la classe moyenne, dans l’Amérique des années 1950, désuni par la vie commune et ne parvenant plus à se parler. La finesse du livret donne à l’œuvre une vérité intemporelle, et l’acte unique, mi-tragique, mi-comique, oscille en permanence entre deux tonalités.

Elsa Rooke a choisi de le monter dans l’époque de sa création. Sa version semi-scénique, avec l’orchestre sur le plateau, se limite à quelques éléments de mobilier manipulés à vue par le petit chœur pour évoquer les lieux de l’action, tandis que les lumières raffinées de Laurent Castaingt créent le climat de chaque scène. Un simple praticable entourant l’orchestre permet de gérer les entrées et les sorties des personnages, remarquablement campés par les solistes de l’Atelier Opera Fuoco.

La mezzo Natalie Pérez et le baryton Kevin Arboleda sont tout à fait convaincants en Dinah et Sam : elle ne fait qu’une bouchée de l’air de bravoure délirant qui donne son titre à l’œuvre et se révèle très émouvante dans le récit du rêve où semble passer le souvenir des Kindertotenlieder de Mahler ; lui s’impose dans son personnage de macho sûr de lui avec sa voix large, notamment dans son incroyable « hymne aux gagneurs ». Le petit chœur en trio fait merveille en contrepoint de leurs scènes dans un registre de comédie musicale, joliment chorégraphié.

Dans la seconde partie, la soprano Cécile Madelin et la basse Max Latarjet offrent un moment d’une grande intensité, perfusé de douceur et de nostalgie, dont chaque variation touche au plus près de l’émotion, tels ce « Mr. and Mrs. Way say Goodnight » où Bernstein se révèle un remarquable poète dramaturge, ou « Oif Mayn Kash’neh », sur un texte du poète yiddish Yankev-Yitskhok Segal, où le compositeur évoque subtilement le climat d’un mariage juif d’Europe centrale et la musique klezmer sans donner pour autant dans le folklore.

L’ensemble, réglé comme du papier à musique, repose sur une direction d’acteurs très fouillée, excellemment soutenu par la direction d’une grande sensibilité de David Stern. L’Orchestre National d’Île-de-France, impeccable et proprement hypnotique dans la seconde partie, se taille un chaleureux succès auprès d’un public justement conquis.

ALFRED CARON

Natalie Pérez (Dinah)
Kevin Arboleda (Sam)
Cécile Madelin (Trio, Elle)
Max Latarjet (Trio, Lui)
Lucas Pauchet (Trio)
David Stern (dm)
Elsa Rooke (ms)
Véronique Seymour (c)
Laurent Castaingt (l)
André Néri (d)

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