Opéras Tristan und Isolde à New York
Opéras

Tristan und Isolde à New York

20/03/2026
Lise Davidsen et Michael Spyres. © Met Opera/Karen Almond

Metropolitan Opera, 13 mars

Avec sa nouvelle production wagnérienne, donnée à guichets fermés et portée par un public fervent, le Met remporte un succès à la fois populaire et financier dont il avait grand besoin. Mais derrière cet engouement affleure une impression plus nuancée. Comme pour le Tristan de Mariusz Treliński en 2016 – abandonné après huit représentations –, les débuts de Yuval Sharon sur cette scène oscillent entre idées stimulantes et débauche technologique. Les projections vidéo, d’une virtuosité indéniable, fascinent d’abord, avant d’envahir l’espace au point de détourner l’attention du drame. La mise en scène de 2026 reprend certains procédés de 2016 : des doubles mimés – ici deux pour chacun des amants – occupent inutilement le centre du plateau, autour d’une table à la manière de Tcherniakov, tandis que défilent à nouveau ces interminables images de vagues déchaînées, ressassées dans d’innombrables productions depuis vingt ans. Basta !

Sharon choisit de voir en Tristan une victime d’un traumatisme de naissance ; le décor évoque un canal utérin et, comble d’incongruité, alors même que musique et livret insistent sur la nature inaccomplie de la passion des amants, la soirée s’achève sur un accouchement : Isolde chante sa mythique « Liebestod » non pas au cadavre de Tristan, mais à un bébé étrangement silencieux, bercé par Brangäne et embrassé par Marke – une sentimentalité hollywoodienne de bas étage. À cela s’ajoute une littéralité visuelle anesthésiante. Presque chaque mention de l’être aimé fait surgir un double, l’évocation des philtres de la mère d’Isolde donne lieu à un panneau vidéo digne d’une publicité pour un parfum, et ainsi de suite. Mais le pire reste la chorégraphie saccadée et maniérée d’Annie-B Parson, accueillie par des rires discrets. Forte de précédents succès mêlant danse et opéra, la direction semble désormais considérer ces intermèdes comme indispensables à l’« art sérieux » – comme si musique et texte ne suffisaient plus.

On plaint les danseurs, pourtant excellents – et plus encore Michael Spyres, véritable révélation de ces représentations.

Son Tristan, d’une intensité rare, allie précision vocale, intelligence du mot et engagement dramatique. Son troisième acte, halluciné et poignant, constitue le sommet de la soirée – et c’est là que la mise en scène trouve enfin sa cohérence, en distinguant avec justesse espace réel et monde intérieur. Face à lui, l’Isolde de Lise Davidsen séduit par l’éclat de ses aigus et par de belles nuances dans les moments les plus intimes, malgré un bas médium qui se dérobe parfois – les spectateurs de la diffusion cinéma en HD en jugeront peut-être autrement. Son interprétation, sincère, reste en construction. Ekaterina Gubanova, seule rescapée de 2016, touche par son engagement, bien que la voix accuse aujourd’hui ses limites et que la mise en scène relègue Brangäne au second plan. Ryan Speedo Green, que le Met s’emploie à imposer, campe un Marke honorable mais encore dépourvu de la profondeur attendue.

En fosse, Yannick Nézet-Séguin débute avec un Prélude pesant et hésitant, avant de trouver davantage de tension, notamment dans un troisième acte captivant, porté par Spyres et le Kurwenal puissant de Tomasz Konieczny. Reste une impression d’inégalité : les violons déçoivent, les cuivres vacillent, quand les violoncelles brillent par leur tenue. Mention spéciale au cor anglais de Pedro R. Díaz, remarquable dans ses interventions sur scène.

Au final, demeure le plaisir d’une salle comble et vibrante. On se prend à penser qu’allégée de ses effets les plus envahissants, ce spectacle pourrait mieux servir l’œuvre et, peut-être, s’inscrire durablement au répertoire.

DAVID SHENGOLD

Michael Spyres (Tristan)
Ryan Speedo Green (König Marke)
Lise Davidsen (Isolde)
Tomasz Konieczny (Kurwenal)
Thomas Glass (Melot)
Ekaterina Gubanova (Brangäne)
Jonas Hacker (Ein Hirt)
Ben Brady (Ein Steuermann)
Ben Reisinger (Ein junger Seemann)
Yannick Nézet-Séguin (dm)
Yuval Sharon (ms)
Es Devlin (d)
Clint Ramos (c)
John Torres (l)

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