
2 DVD Cmajor 770708 & 1 Blu-ray 770804
Excellemment filmée en 2024 par Tiziano Mancini, la production de Dresde remonte à 1995 (nous en avions rendu compte lors de sa présentation à Montpellier, en janvier 1996). Vingt ans plus tard, elle accuse plus encore sa distance par rapport aux modes contemporaines. Pas de vidéos ni de projections diverses, un minimum d’accessoires, aucune tentation de transposition ni de substitution d’interprétation à la lettre du livret, mais une abstraction minimaliste post-Wieland Wagner, telle que Marco Arturo Marelli, ici à son meilleur, l’a pratiquée pendant de longues années : cadre architectural abstrait fait de grands panneaux colorés, avec un usage extensif des tulles créant le plus souvent une ambiance diaphane d’un extrême raffinement, complété par les amples costumes japonisants de Dagmar Niefind-Marelli, et bien servis par les beaux éclairages de Friedewalt Degen.
Une distribution entièrement nouvelle surpasse largement les deux précédentes. On attendait avec curiosité la prise de rôle de Klaus Florian Vogt. Si l’on peut accueillir d’abord avec une certaine réserve l’entrée de sa voix claire et relativement légère, il emporte rapidement l’adhésion par la perfection de la mise au point, atteignant souvent à la plus grande émotion, et sans défaillance dans une partition donnée sans la moindre coupure, où aucune tricherie n’est possible.
Mais l’enthousiasme vient d’abord de l’Isolde de Camilla Nylund, après sa prise de rôle à Zurich en 2022, toujours très belle en scène, d’une passion intense, avec la perfection d’une impeccable diction et de splendides demi-teintes, qui permettent de passer sur un vibrato parfois marqué, et même si la voix n’a pas la largeur des plus illustres titulaires. Tanja Ariane Baumgartner campe une Brangäne d’une noble silhouette tandis que Martin Gantner est un Kurwenal d’une vigueur et d’un engagement non moins convaincants, de même que le Marke pathétiquement torturé de Georg Zeppenfeld, à côté des très honorables Melot, Pilote et Pâtre, pour un plateau finalement très équilibré.
Avec la mise en place millimétrée qu’on lui connaît et une gestique dont la souveraine maîtrise fait partie intégrante du spectacle, Christian Thielemann, pour sa mémorable saison d’adieu à Dresde, fait briller comme jamais la somptueuse Staatskapelle. Une captation qui peut faire désormais référence de base, et à laquelle on voudra revenir.
FRANÇOIS LEHEL
2 DVD Cmajor 770708 & 1 Blu-ray 770804
Klaus Florian Vogt (Tristan) – Georg Zeppenfeld (König Marke) – Camilla Nylund (Isolde) – Martin Gantner (Kurwenal) – Sebastian Wartig (Melot) – Tanja Ariane Baumgartner (Brangäne) – Attilio Glaser (Ein Hirt, Ein junger Seemann) – Lawson Anderson (Ein Steuermann)
Staatskapelle Dresden, Sächsischen Staatsopernchores Dresden, dir. Christian Thielemann. Mise en scène : Marco Arturo Marelli. Réalisation : Tiziano Mancini (16:9 ; stéréo : PCM ; DTS-HD Master Audio 5.1)
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