Opéras Tosca à Paris
Opéras

Tosca à Paris

28/11/2025
Saioa Hernández et Roberto Alagna. © Opéra National de Paris/Vincent Pontet

Opéra Bastille, 23 novembre

Pour sa septième reprise, et avec aujourd’hui plus de dix ans d’âge (voir O. M. n° 188 p. 59 pour la reprise de 2022), la production de Pierre Audi (décédé en mai dernier et à la mémoire duquel ces représentations sont dédiées) continue de tenir honorablement sa place, malgré notamment la lourdeur et parfois la franche laideur de ses décors : pour la réussite d’ensemble de ses scènes-clés, au delà d’audaces passablement gratuites – le cortège de nus lascifs à la Bouguereau pour la fresque peinte par Mario à Sant’Andrea. Mais elle vaut d’abord par la haute qualité de la distribution nouvelle.

Assurant les premières représentations, avant Jonas Kaufmann en décembre, dont il se distingue très largement par la clarté et la chaleureuse luminosité du timbre, Roberto Alagna, dans une forme éblouissante, donne un Cavaradossi d’une étonnante jeunesse, scénique comme vocale, aux aigus triomphants (éblouissant « Vittoria! » au II) et menant jusqu’au bout le discours avec une impeccable sûreté, couronné par un « E lucevan le stelle » puis un « O dolci mani » admirablement phrasés et nuancés, et rigoureusement tenus à l’écart de toute complaisance ou grandiloquence. Dans un rôle abordé en 2012, et pour ses débuts à Paris en 2022, Saioa Hernández, dont le tempérament ardent est peut-être encore mieux en situation que dans son Aida de septembre dernier in loco, lui tient jeu égal par l’intensité de son engagement et l’éclat d’aigus impeccables, conduisant avec intelligence son « Vissi d’arte », pour atteindre souvent à la plus grande émotion, dans les duos notamment, tandis qu’Alexey Markov compose un Scarpia sans outrance ni caricature, appuyé sur la beauté de ses graves bien fournis, dans sa grandiose tirade du II notamment (« Già. Mi dicon venal »). De bons comprimari complètent (le Spoletta du vétéran Carlo Bosi accusant pourtant l’âge) et les parfaits chœurs préparés par Ching-Lien Wu.

Mais notre grand bonheur vient aussi pour beaucoup de la direction de l’Ukrainienne Oksana Lyniv, qui nous avait déjà enchantés pour ses débuts ici même dans sa Zauberflöte de novembre 2024, tant par la beauté que l’autorité de la gestique, et particulièrement vigilante à éviter tout excès de pathos : largement applaudie, une nouvelle fois, par chanteurs et orchestre comme par une salle comble, qui fait par ailleurs une ovation au plateau, pour une consécration parisienne vraiment marquante.

FRANÇOIS LEHEL

Saioa Hernández (Floria Tosca)
Roberto Alagna (Mario Cavaradossi)
Alexey Markov (Il Barone Scarpia)
Amin Ahangaran (Cesare Angelotti)
André Heyboer (Il Sagrestano)
Carlo Bosi (Spoletta)
Florent Mbia (Sciarrone)
Bernard Arrieta (Un carceriere)
Aloys Bardelot-Sibold (Un pastore)
Oksana Lyniv (dm)
Pierre Audi (ms)
Christof Hetzer (d)
Robby Duiveman (c)
Jean Kalman (l)

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