3 CD Ricercar RIC 485

On ne se lasse pas de répéter à quel point cet oratorio est un chef-d’œuvre : inspiration mélodique, équilibre de la construction dramatique, caractérisation et profondeur des personnages ; on ne touche rien moins qu’au sublime. Créée en 1750 à Londres, Theodora est déjà unique, seul oratorio de Haendel dont le livret n’est pas tiré de la Bible, mais adapté d’un petit roman moralisateur qui s’appuie sur la vie de martyrs chrétiens. Le succès ne fut pas immédiatement au rendez-vous, mais pour des raisons extra-musicales.

Le concert donné en juillet 2023 à Namur – avec Paul-Antoine Bénos-Djian en Didymus, Christopher Lowrey étant souffrant – avait emballé le public et la critique. Cet enregistrement, réalisé conjointement, sans précision exacte de date, confirme en tous points cet enthousiasme. La distribution est emmenée par Sophie Junker, probablement la meilleure Theodora de la discographie. On ne sait ce qu’il faut louer le plus chez la soprano franco-belge, de la beauté du timbre, l’excellence du chant ou la finesse et la profondeur de l’interprétation. Le reste de la distribution est à peine moins excellent, et aucune beauté mélodique ou aucun instant dramatique ne lui échappe, pas plus qu’à la direction nerveuse et précise de Leonardo García-Alarcón. Alors, pourquoi une telle réussite, qu’il faut absolument avoir dans sa discothèque, ne se hisse-t-elle pas au sommet de la discographie ? Parce que la concurrence est rude. L’enregistrement de Maxim Emelyanychev (Erato, 2021), avec Lisette Oropesa (Theodora), Paul-Antoine Bénos-Djian (Didymus) et Joyce DiDonato (Irene), est aussi une superbe réussite. Mais surtout, celui de William Christie, enregistré sur scène à Glyndebourne en 1996 (parution originale en vidéo chez NVC Arts, puis en 2012 au disque chez le label du festival, disponibilité erratique pour les deux), reste hors catégorie. Outre une distribution (Dawn Upshaw, David Daniels, Lorraine Hunt) et un Orchestra of the Age of Enlightenment en état de grâce, il y a dans cette production scénique quelque chose d’unique : les silences sont sculptés d’émotions palpables, même au disque, résultat direct de la mise en scène prodigieuse de Peter Sellars.

PHILIPPE GELINAUD

3 CD Ricercar RIC 485

Sophie Junker (Theodora) – Christopher Lowrey (Didymus) – Dara Savinova (Irene) – Matthew Newlin (Septimius) – Andreas Wolf (Valens) – Federico Projecto (Messenger)

Chœur de Chambre de Namur, Millenium Orchestra, dir. Leonardo García-Alarcón

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