
2 DVD Dynamic 38077 & 1 Blu-ray 58077
Œuvre singulière dans l’immense catalogue d’Alessandro Scarlatti, Il trionfo dell’onore demeure son unique « opera buffa ». Créé en 1718 au Teatro dei Fiorentini de Naples, l’ouvrage connut un succès témoignant de la reconnaissance progressive du genre comique. En atteste l’usage exclusif de l’italien, y compris pour les personnages populaires, la signature revendiquée de Scarlatti et de son librettiste Francesco Antonio Tullio, pratique encore rare à l’époque. Le livret, foisonnant et habilement construit, met en jeu quatre couples – deux sérieux, deux comiques – entraînés dans les intrigues sentimentales provoquées par Riccardo Albenori, séducteur cynique et Don Giovanni avant l’heure. Située à Pise, l’action multiplie les allusions à Lucques, esquissant une Toscane idéalisée. Malgré une mécanique dramaturgique complexe, l’ensemble conserve une vivacité piquante et parfois étonnamment moderne dans son observation des rapports amoureux. La musique déploie une invention constante, portée par un effectif orchestral volontairement réduit – cordes et continuo, enrichis d’un hautbois solo – qui favorise la clarté du discours. Si Scarlatti se montre plus naturellement inspiré dans l’expression sérieuse que dans la veine comique, certains moments, tel le quatuor final du deuxième acte, atteignent une poésie notable.
La réussite de la production présentée au Teatro Malibran de Venise en mars 2025 repose sur une économie de moyens efficace, instaurant un charme théâtral durable. Décors colorés et costumes faussement naïfs d’Ugo Nespolo composent un univers ludique et stylisé, tandis que la mise en scène alerte de Stefano Vizioli enchaîne les situations comiques sans jamais verser dans la vulgarité.
À la tête de l’Orchestre de la Fenice, Enrico Onofri impulse un élan constant, soutenu par un continuo particulièrement réactif. La distribution, homogène et engagée, achève de convaincre : Giulia Bolcato campe un Riccardo vocalement séduisant ; Raffaele Pe (Erminio) impressionne par sa virtuosité ; Giuseppina Bridelli (Rosina) et Tommaso Barea (Bombarda) rivalisent d’aisance ; Rosa Bove (Leonora) et Francesca Lombardi Mazzulli (Doralice) distinguent finement les deux héroïnes. Mention spéciale à Dave Monaco (Flaminio) et Luca Cervoni (Cornelia), dont le duo savoureux fait mouche. Un spectacle attrayant et intelligent.
CYRIL MAZIN
Giulia Bolcato (Riccardo Albenori) – Rosa Bove (Leonora Dorini) – Raffaele Pe (Erminio Dorini) – Francesca Lombardi Mazzulli (Doralice Rossetti) – Dave Monaco (Flaminio Castravacca) – Luca Cervoni (Cornelia Buffacci) – Giuseppina Bridelli (Rosina Caruccia) – Tommaso Barea (Capitano Rodimarte Bombarda)
Orchestra del Teatro La Fenice di Venezia, dir. Enrico Onofri. Mise en scène : Stefano Vizioli. Réalisation : Tiziano Mancini (16:9 ; stéréo : PCM 2.0 ; DTS-HD Master Audio 5.1)
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