
1 CD Erato 5054197998713
Avec cet album consacré aux cantates italiennes du XVIIIe siècle, le contre-ténor paraît revenir à ses premières amours, puisqu’y figure le Cessate, omai cessate de Vivaldi. Ce choix évoque ses premiers enregistrements dédiés au « Prêtre roux », notamment Virtuoso Cantatas en 2005, même si cette célèbre page n’y figurait pas encore. Tissée d’émotion, cette œuvre se révèle davantage pathétique qu’athlétique, plus en adéquation avec une voix désormais mûrie par des années de pratique. On retrouve d’ailleurs, tout du long, la texture angélique de ce timbre moiré, identifiable entre tous, et demeuré quasi inchangé au fil du temps. Avec le désarroi et le deuil, la jalousie est la grande affaire des émotions baroques – celle où peuvent le mieux s’exprimer la violence et la tendresse, toujours policées cependant, puisque ces joyaux furent conçus pour une caste aristocratique appelée, depuis Le Courtisan de Castiglione, à sublimer la fougue de ses sentiments : vestige d’une animalité qu’il convenait de réfréner car réputée propre aux classes inférieures. Au travers d’Alessandro Scarlatti (Ombre tacite e sole), de Nicola Porpora – confrère et rival de Haendel –, c’est tout l’éventail de la rage amoureuse qui se déploie. Le disque comprend surtout deux premières mondiales, sur les mêmes vers du poète phare du baroque, Pietro Metastasio : La Gelosia de Porpora et La Gelosia de Baldassare Galuppi. Avec ces deux partitions s’ouvre la voie du style galant, amorcé par le maître napolitain et porté à sa pleine floraison par le si « casanovien » Galuppi.
L’ensemble Artaserse, indissociable de Jaroussky depuis leur premier album consacré à Benedetto Ferrari (2002), offre l’écrin idéal à ces opéras de poche. En témoigne l’accompagnement frémissant du Cessate de Vivaldi, où la science des contrastes est magnifiée par l’ostinato des cordes dans « Ah, ch’infelice sempre » et « A voi dunque ricorro ». La cantate de chambre offrait également aux meilleurs instrumentistes un espace propice à l’épanouissement de leur virtuosité : ici, celle de Serge Saitta dans Mi palpita il cor de Haendel, ou encore la partie, particulièrement chantournée, de violon dans La Gelosia de Porpora. Datée de 1746, cette pièce annonce déjà la nouvelle carrière du compositeur à Dresde. Plus érotique, la page de Galuppi se distingue par une grâce heureuse annonçant les sensibilités préclassiques. Le chanteur y déploie un legato souverain, une diction lumineuse, et cette lumière nacrée qui confère à chaque mot sa juste émotion. L’ensemble de ces cinq cantates constitue une démonstration magistrale de mesure et d’émotion contenue.
VINCENT BOREL
Gelosia!
Scarlatti – Vivaldi – Porpora – Haendel – Galuppi
Ensemble Artaserse
1 CD Erato 5054197998713
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