2 CD Château de Versailles Spectacles CVS 189

Parfait inconnu de nos jours, Joseph-François Salomon (1649-1732) aurait mérité quelques mots dans la notice de cet intéressant coffret. Originaire de Toulon, il fut joueur de basse de viole et continuiste de la Chapelle Royale, à Versailles. En 1713, à 64 ans, il présente à l’Académie Royale sa tragédie lyrique Médée et Jason. En cette extrême fin du règne de Louis XIV, époque où le genre hérité de Lully, avec ses Prologue et cinq actes, tendait à se démoder au profit d’autres, plus divertissants, comme l’« opéra-ballet », il obtient un succès durable, contrairement à Charpentier, avec sa Médée en 1693. Le livret est dû à l’abbé Pellegrin (vingt ans avant celui d’Hippolyte et Aricie pour Rameau, quinquagénaire débutant à l’opéra !), et c’est peut-être d’abord comme variante du récit et des personnages que l’œuvre nous intéresse : un Jason tendre et travaillé de remords, une Créuse résistant à ce mariage dangereux, une Médée magicienne certes, mais n’offrant pas de robe empoisonnée à Créuse… Bref, une vision XVIIIe du mythe. Quant à la musique, typique de la période entre Lully et Rameau, avec un orchestre au rôle accru, elle est très belle, expressive, sans pour autant une signature vraiment distinctive parmi les maîtres de ce temps.

Reinoud Van Mechelen se montre égal à lui-même comme chef et comme chanteur, Jason foncièrement élégiaque mais sachant trouver un vrai dramatisme dans l’affrontement tendu avec Médée à l’acte IV. Distribuer en cette dernière Marie-Andrée Bouchard-Lesieur était-il une bonne idée ? La voix est grande et riche, mais la disproportion avec les autres inutilement caricaturale (sa suivante Nérine paraît vraiment minuscule), d’autant que la mezzo française se contente trop, pour traduire la puissance de la Colchidienne, d’une vocifération assez primaire, aux dépens du phrasé, de la déclamation, des couleurs, sans parler d’une intonation volontiers imprécise. L’autre problème de la distribution est le Créon de la basse Cyril Costanzo, chanteur de caractère mais à l’émission ici mal contrôlée, jusqu’à l’erratique. Mélissa Petit est une Créuse à la fois touchante et énergique. Dommage qu’un grelot entache par moments son émission.

Côté petits rôles, outre la spécialiste ès nymphes Virginie Thomas, qui s’y taille la part du lion, mais à la diction pas toujours limpide, signalons le parfait Arcas de Samuel Namotte et la qualité des divers ensembles. Le Chœur de Chambre de Namur enfin, efficace malgré une prise de son un peu lointaine, excelle particulièrement dans ses scènes les plus agitées.

THIERRY GUYENNE

2 CD Château de Versailles Spectacles CVS 189

Reinoud Van Mechelen (Jason) – Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Médée) – Mélissa Petit (Créuse) – Lore Binon (Melpomène, Nérine) – Annelies Van Gramberen (Europe, Cléone) – Cyril Costanzo (Apollon, Créon) – Virginie Thomas (Une Corinthienne, Une magicienne, Une nymphe, Une matelote) – Renaud Tripathi (Un matelot) – Maxime Melnik (Un Corinthien, Un magicien, Un plaisir, Un garde, Deuxième matelot) – Samuel Namotte (Arcas, Deuxième furie) – Philippe Favette (Un démon, Troisième matelot, Troisième furie) – Arnaud Le Dû (Première furie)

Chœur de Chambre de Namur, A Nocte Temporis, dir. Reinoud Van Mechelen

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