
1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 157
Ce florilège intitulé Prime donne place les femmes au centre du propos, renouant avec l’esprit d’une Venise début XVIIIe qui leur accorda, fait singulier, une visibilité publique. À une époque où les castrats dominaient les scènes européennes, Antonio Vivaldi, Nicola Porpora et Giovanni Porta confièrent néanmoins à la voix féminine une responsabilité musicale de premier plan, faisant de la musique religieuse un véritable laboratoire dramatique où ferveur et théâtralité s’entrelacent. Ce répertoire aux frontières poreuses, où sacré et profane, virtuosité et intériorité alternent sans complexe, inspire le présent enregistrement, avec des résultats contrastés.
Porté par un goût affirmé pour l’éclat et la vélocité, le disque s’ouvre sur l’impétueux « Armatae face et anguibus », extrait de l’oratorio Juditha triumphans RV 644 – un choix discutable. Le tempo très précipité neutralise la dynamique intrinsèque de l’air et prive Marina Viotti de respirations indispensables, l’exposant à des traits virtuoses inégalement maîtrisés. Le Salve Regina en fa majeur de Porpora, par sa délicatesse et son jeu de contrastes, aurait offert une entrée en matière plus favorable à la mezzo-soprano. Celle-ci laisse néanmoins affleurer, dans d’autres pages – Ascende laeta RV 635 et Canta in prato, ride in monte RV 636 (Vivaldi), Volate Gentes (Porta) – un phrasé et une musicalité que l’on sait habituellement plus pleinement déployés.
Il faut dire que l’agencement des œuvres demeure arbitraire, sans véritable arc narratif – défaut aggravé par la direction fébrile d’Andrés Gabetta. Sous son impulsion, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles privilégie une lecture uniformément tendue et contrastée, qui entrave la soliste et la prive de l’espace nécessaire au déploiement de ses ressources les plus subtiles : nuances, clair-obscur, profondeur. Si l’engagement de Marina Viotti ne fait jamais défaut, l’album séduit davantage par son ambition que par sa réalisation, laissant l’impression d’un récital démonstratif, où l’urgence l’emporte sur la plénitude et l’éloquence.
CYRIL MAZIN
1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 157
Vivaldi – Porpora – Porta
Orchestre de l’Opéra Royal, dir. Andrés Gabetta
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