Opéras Manon Lescaut à Lyon
Opéras

Manon Lescaut à Lyon

03/04/2026
Riccardo Massi et Chiara Isotton. © Jean-Louis Fernandez

Opéra, 20 mars

Bien moins souvent donnée à la scène que celle de Massenet (1884), la Manon de Puccini (1893) aligne les qualités habituelles du compositeur lucquois : raffinement orchestral et mélodique, emportements passionnés. Le récit, assure fort justement Emma Dante dans son argument initial, raconte un monde de précarité, d’exploitation de la femme et de male gaze – regard des hommes sur les femmes. C’est peu dire que ce propos ne parvient pas à soutenir une mise en scène déséquilibrée et bien peu convaincante, échouant à tirer parti du livret, complexe il est vrai par ses écarts et ellipses.

Une façade avec deux rangées d’escaliers et plusieurs ouvertures accompagnent l’œuvre, se métamorphosant au gré de l’ascension puis de la chute sociale des protagonistes, à l’image des balustrades dorées et des lourds rideaux cramoisis qui marquent la richesse de Geronte, contrastant avec l’austérité cheap du premier tableau. Il règne parfois un joyeux désordre : foule avinée et joyeuse dans l’auberge ou encore, à l’heure musicale du deuxième, défilé de personnages avec moult accessoires et coloris claquants, façon cabaret. Cette profusion nuit à la lisibilité de l’ensemble et donne une fâcheuse impression de saturation. Il faut attendre l’acte « du Havre » pour trouver enfin la cohérence du propos : traitées sans ménagement par les gardes, hagardes, provocatrices ou désespérées, les condamnées y sont frappantes de détresse. Enfin, les derniers instants de Manon dans une lande désolée soulignent par contraste qu’il n’est nul besoin au théâtre d’encombrer un plateau pour y faire passer des émotions.

D’émotion, il sera encore question avec des chanteurs qui ont la voix de leurs rôles mais peinent à les interpréter. Chiara Isotton a les aigus et la qualité du timbre d’une excellente Manon, mais elle paraît presque indifférente aux errements de son personnage, frisant même le contresens au premier acte où, altière, elle n’a rien d’une jeune femme égarée ! Vaillant et endurant, Riccardo Massi campe un Des Grieux de belle stature, aux aigus rayonnants. Mais il se contente d’en faire un homme emporté par sa passion, au détriment de la nuance. Mécaniques ou timides, on ne sait, les étreintes du duo (déjà entendu à Lyon en mars 2024 dans La fanciulla del West, voir O. M. n° 202 p. 51) n’ont aucune vérité, et l’on y cherche en vain quelque sentiment. Le jeu est davantage présent chez Jérôme Boutillier, qui campe un Lescaut alerte et roublard, avec une voix assurée, fort bien projetée, et même chez Omar Montanari, qui incarne avec autorité un Geronte cassant et impavide.

Dans la fosse, la direction de Sesto Quatrini laissera sur leur faim les amateurs d’un Puccini chantant et joyeux. Une forme de sécheresse accompagne en effet la lecture de la partition, mais l’attention portée au plateau fait rapidement oublier cette rugosité. Très sollicités, les choristes affichent une belle santé vocale, à la fois vifs et expressifs.

JEAN-MARC PROUST

Chiara Isotton (Manon Lescaut)
Jérôme Boutillier (Lescaut)
Riccardo Massi (Renato Des Grieux)
Omar Montanari (Geronte di Ravoir)
Robert Lewis (Edmondo)
Hugo Santos (L’Oste, Un sergente)
Jenny Anne Flory (Un musico)
Camille Leblond (Un maestro di ballo)
François Pardailhé (Un lampionaio)
Aurélien Curinier (Un comandante)
Sesto Quatrini (dm)
Emma Dante (ms)
Carmine Maringola (d)
Vanessa Sannino (c)
Cristian Zucaro (l)

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