Théâtre Royal, 18 septembre
Sur la scène liégeoise, verdienne par excellence, le dernier Macbeth remontait à 2018. Et nous y avions vu aussi, en 2009, les débuts in loco de Stefano Poda, pour Falstaff, avec Ruggero Raimondi dans le rôle-titre. Depuis, l’esthétique « globalisante » du metteur en scène n’a pas sensiblement varié, misant d’abord sur une profusion d’effets plastiques soigneusement élaborés. Ici, devant un mur de fond fait d’une multitude de corps étroitement imbriqués (« symboles de tout le prix pour accéder au pouvoir », explique une longue note d’intention…) et parcourus par d’étroits escaliers, deux cages grillagées dont les bords sont surlignés par moments par des cordons lumineux peuvent descendre des cintres pour isoler la boîte scénique et concentrer le regard sur les actions principales placées au centre du plateau, comme le fait un mystérieux disque marqué d’une figure géométrique non moins énigmatique.
Dès la chute depuis les cintres d’un groupe de sorcières accrochées comme autant de chauves-souris, on peut être d’abord réticent, voire irrité par cette inflation de la donnée visuelle, déchiffrable plus ou moins facilement, et où l’on peine parfois à lire les intentions déclarées (« Le drame de Macbeth et de sa Lady (…) invite finalement à une réflexion sur la vanitas, qui est la véritable clef de lecture de cette mise en scène »), mais il faut rapidement lui reconnaître un impact dramatique très fort, bien accordé à une œuvre prise aussi au premier degré de ses outrances dans une insupportable noirceur, jusqu’au mélodrame sanguinolent (telle la scène d’apparition du spectre, corps largement saignant, conformément au livret) y compris dans une chorégraphie vigoureuse (ballet heureusement conservé) pour des danses « primitivistes » dont le brutalisme contrepointe efficacement la rigueur géométrique du décor. Une direction d’acteurs poussée achève de convaincre. C’est aussi que les protagonistes s’investissent magnifiquement dans la production.
Vue notamment à Bastille dans la seconde distribution d’Aida en octobre 2025, la soprano américano-polonaise Ewa Płonka impose avec une autorité et une sûreté saisissantes une Lady Macbeth volcanique, dont le « Brindisi », mimé autant que chanté, est glaçant de monstruosité. Pour autant, et hors des graves un peu trop limités, la virtuosité est bien là, dans le respect scrupuleux de la partition, aussi bien pour le beau phrasé de « La luce langue » que pour le contre-ré bémol de la scène de somnambulisme, bien donné fil di voce. Également pour ses débuts à Liège, Luca Micheletti, de belle prestance, procède par d’autres voies, avec un jeu intériorisé et admirablement nuancé. Si le timbre pourrait être plus séducteur, le « Pietà, rispetto, amore » de son air conclusif, avec des forces intelligemment ménagées, achève de susciter l’enthousiasme. Le reste est moins exceptionnel, avec un Banco à la basse noble somptueuse mais un peu trop complaisamment exposée, un jeune Macduff un peu difficile, mais un brillant Malcolm.
Avec ses excellents chœurs (superbe « Patria oppressa! ») et ses quatorze danseurs mis à forte contribution, Giampaolo Bisanti joue pleinement le jeu de la production, de la même énergie irrépressible, pour ce qui est sans doute l’une des meilleures réussites de l’imposante série verdienne proposée par l’Opéra Royal de Wallonie depuis plusieurs années.
FRANÇOIS LEHEL
Luca Micheletti (Macbeth)
Gianluca Buratto (Banco)
Ewa Płonka (Lady Macbeth)
Alexandra Grigoras (Dama di Lady Macbeth)
Matteo Desole (Macduff)
Lorenzo Martelli (Malcolm)
Luca Dall’Amico (Medico)
Giampaolo Bisanti (dm)
Stefano Poda (ms/dcl/ch)
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