Opéras L’Italiana in Algeri à Genève
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L’Italiana in Algeri à Genève

13/02/2026
Gaëlle Arquez. © GTG/Carole Parodi

Bâtiment des Forces Motrices, 30 janvier

Au Bâtiment des Forces Motrices, le Grand Théâtre de Genève présente une Italiana in Algeri vibrionnante, dont l’impact repose largement sur la direction réactive de Michele Spotti. Le dispositif scénique imaginé par Julien Chavaz, inventif et d’une lisibilité immédiate, embrasse sans détour l’exubérance de l’ouvrage, quitte à en accentuer les ressorts loufoques au détriment de cette ambiguïté dramaturgique qui fait tout le sel du chef-d’œuvre rossinien. Créée à Venise en 1813, alors que le compositeur n’a que 21 ans, L’Italiana in Algeri condense, dans une farce virtuose composée en moins d’un mois, un art consommé du renversement des hiérarchies, et une science du tempo comique héritée des Nozze di Figaro (1786) de Mozart, où l’élan musical déjoue sans cesse les attentes du drame.

Julien Chavaz transpose l’action dans un palace contemporain, l’« Algeri » : écrin de luxe ostensiblement clinquant conçu par Amber Vandenhoeck, baigné des lumières flatteuses d’Éloi Gianini et exalté par les costumes versicolores d’Hannah Oellinger. Réglée au millimètre, la mise en scène ausculte avec rigueur les rapports de domination, mais confond parfois finesse et surlignage. À force de jouer sur l’outrance burlesque, elle aplanit certaines zones d’incertitude et émousse ce jeu subtil de décalages entre musique et texte, là même où le maître de Pesaro distille l’intelligence ironique de son théâtre.

À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, Michele Spotti impose une pulsation nerveuse et une énergie communicative. La précision rythmique, la netteté des attaques et la souplesse des phrasés garantissent une efficacité indéniable, parfois au prix d’une lecture plus fonctionnelle que véritablement ciselée. On souhaiterait çà et là un allègement plus audacieux des textures ainsi qu’un modelé dynamique plus nuancé. Le Chœur du Grand Théâtre se montre solide et parfaitement intégré au flux scénique.

La distribution vocale s’impose par son engagement constant, sans toutefois convaincre pleinement. Gaëlle Arquez campe une Isabella charismatique, à la projection franche et sensuelle, malgré quelques inflexions encore anguleuses. Nahuel Di Pierro compose un Mustafà volontairement excessif, virtuose, parfois appuyé mais scéniquement irrésistible. Charlotte Bozzi et Mi Young Kim prêtent à Elvira et Zulma une vivacité réelle mais dépourvue de véritable relief ; Maxim Mironov retient l’attention par l’agilité de son Lindoro, en dépit de détimbrages récurrents dans l’aigu, tandis que Riccardo Novaro dessine un Taddeo fanfaron dont la grandiloquence alimente avec talent la mécanique comique.

En définitive, cette Italiana in Algeri rappelle une vérité essentielle : l’éclat n’est rien sans la respiration qui le soutient. Si la frénésie maîtrisée de la production emporte l’adhésion, elle laisse parfois échapper cette éloquence du non-dit qui permet de transcender la malice de la partition.

CYRIL MAZIN

Nahuel Di Pierro (Mustafà)
Charlotte Bozzi (Elvira)
Mi Young Kim (Zulma)
Mark Kurmanbayev (Haly)
Maxim Mironov (Lindoro)
Gaëlle Arquez (Isabella)
Riccardo Novaro (Taddeo)
Michele Spotti (dm)
Julien Chavaz (ms)
Amber Vandenhoeck (d)
Hannah Oellinger (c)
Éloi Gianini (l)

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