Opéra, 22 juillet
Créé en juin dernier à l’Opéra de Nancy-Lorraine, dans le cadre de son laboratoire de création lyrique « Nancy Opéra Xperience », en coproduction avec l’Opéra National du Rhin, ce spectacle est repris au Festival d’Avignon. Il a pour thème le miracle, ces phénomènes auxquels on croyait tant au Moyen Âge et que notre société moderne et rationalisée a en grande partie oubliés. Pour ce faire, le metteur en scène Samuel Achache et son équipe ont collecté des récits auprès de toutes sortes de gens, en France et en Italie, allant jusqu’à Naples, la « patrie des miracles ». Et il en a tiré, avec la collaboration de Sarah Le Picard, qui joue aussi dans le spectacle, une histoire assez loufoque de femme qui reçoit un coup de téléphone qui lui annonce la mort de sa mère au moment même où celle-ci passe la porte, redevenue jeune. Par la suite, on passe à un prêtre qui remarque que les murs de son église suintent et pense qu’il s’agit de la présence du Christ, ce que son évêque référent a du mal à croire. Puis une nonne accouche – dans une scène assez grand-guignolesque – qui se trouve être la mère du départ…
Pour tout dire, on a un peu de mal à voir où le metteur en scène-librettiste veut en venir. S’agit-il d’une variation sans concessions sur les rapports mère-fille – le moins qu’on puisse dire est que les deux ne s’entendent pas très bien, la mère regrettant même d’avoir accouché – ? Mais on ne voit pas très bien alors l’intérêt de l’enquête préalable pour arriver à cela. Ou d’une digression sur la vie et la mort – lors d’une autopsie de la mère, on trouve aussi dans son cœur un os qui ne serait autre que celui du crâne qu’un laborantin assez farfelu examine – ? On ne sait plus trop et tout cela finit par donner un résultat sans queue ni tête, qui peut se révéler drôle par endroits, mais qui la plupart du temps engendre un profond ennui.
D’autant que l’idée de Samuel Achache, qui cherche de nouvelles formes de théâtre musical, est de dédoubler les personnages de la mère et de la fille, faisant en sorte qu’une chanteuse et qu’une comédienne disent souvent le même texte en même temps. De même, le grand Orchestre de l’Opéra National de Nancy-Lorraine dans la fosse est dédoublé par un petit orchestre de cinq musiciens qui intervient sur le plateau et se mêle à l’action. C’est comme s’il s’agissait de deux temps ou de modes qui se superposent : un qui réagit immédiatement à ce qui se passe tandis que l’autre est plus réflexif, un qui traduirait le conscient tandis que l’autre exprimerait le refoulé. Dans l’absolu, l’idée est séduisante, mais outre qu’elle engendre un déséquilibre musical (le chanté l’emportant naturellement sur le parlé du point de vue de la puissance), elle finit par paraître bien confuse et un peu trop intellectualisée pour susciter une quelconque émotion.
Enfin, tous ces reproches pourraient être rachetés par la qualité de la musique de Florent Hubert et Antonin-Tri Hoang, qui est basée, selon eux, sur le rythme et la dynamique des témoignages recueillis – Hoang intervenant aussi comme instrumentiste sur le plateau. Mais là encore, force est de reconnaître qu’elle apparaît bien pauvre et sans grande originalité, pour ne rien dire de l’écriture vocale qui reprend les codes déjà mille fois entendus du théâtre musical. Les interprètes, alors, font ce qu’ils peuvent pour défendre le spectacle (avec une mention spéciale pour Majdouline Zerari, qui chante le rôle de la Mère, et le baryton René Ramos Premier), mais l’entreprise, pour ambitieuse qu’elle soit, ne parvient pas à convaincre.
PATRICK SCEMAMA
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