CD / DVD / Livres Le Simon Boccanegra de Ludovic Tézier
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Le Simon Boccanegra de Ludovic Tézier

02/04/2026

2 CD Prima Classic PRIMA 069 

Le San Carlo, lieu phare du théâtre lyrique italien, auréolé des quelque 450 ouvrages qui y furent créés avec le concours des plus grands artistes, en offre le cadre symbolique. Son orchestre d’exception et un chœur à l’avenant se conjuguent ici avec un bouquet d’incarnations vocales de haut rang. Le rôle du corsaire Simon élu doge, figure de proue du drame, est dévolu à Ludovic Tézier, maintes fois applaudi dans cet emploi, notamment au Théâtre des Champs-Élysées et à l’Opéra Bastille. La partition ne lui concédant paradoxalement aucun air stricto sensu, il lui incombe d’assurer une alternance de mordant et de tendresse, d’arrogance et de pénétrante émotion. Mission accomplie, à son acmé avec l’objurgation de son « Plebe! Patrizi! » emblématique de l’enjeu politique de l’ouvrage, versus le lyrisme dont il nimbe le duo de la reconnaissance qui le précédait, « Figlia! A tal nome io palpito ».

L’émerveillement extatique de sa fille devant la redécouverte du père confirme alors les atouts superlatifs de Marina Rebeka, admirable de sensibilité et d’une projection à peine indurée par la prise de son. Au gré d’aigus solaires et des pianissimi dont elle ponctue en amont sa cavatine initiale, « Come in quest’ora bruna », frémissante de l’attente de son Gabriele, la diva lettone entamera le récit de l’enlèvement auquel elle a échappé, « Nell’ora soave », emportée vers les cimes de l’expressivité.

Le couple qu’elle forme à l’issue du dernier acte avec ledit Gabriele est béni par le Doge chancelant, dont le « Gran Dio » se teinte d’un sublime affect et constitue son déchirant adieu à la vie. S’ensuit un ensemble qu’Amelia initie avec son homme, avant que le noble Fiesco, enfin acquis à leur cause, ne proclame ce dernier nouveau doge de Gênes. Oubliées en cette conclusion la haine de l’ex-partisan de Simon, Paolo, et ses diatribes contre les « Aborriti patrizi », ces patriciens exécrés, versus la vengeance à l’endroit du doge qu’il a empoisonné pour lui avoir refusé la main de sa fille. Le jeune baryton Mattia Olivieri s’était appliqué dès le Prologue à traduire la hideur des pulsions de ce traître sans les accompagner d’inutiles surlignages.

On se prend en revanche à regretter que le ténor Francesco Meli ne se libère point des tensions d’une émission plate que les inflexions langoureuses à l’endroit de sa belle ne font qu’imparfaitement oublier. L’éminent Michele Pertusi, hier conseillé par Bergonzi et Rodolfo Celletti, laisse affleurer quant à lui dans la justesse approximative d’« Il lacerato spirito », son air introductif, une certaine érosion des moyens. La suite montrera que son Fiesco offre encore une humanité empreinte de noblesse et de sensibilité.

Toutes ces voix, y compris celles des choristes et des seconds rôles, sont harmonisées par la direction de Michele Spotti, hier assistant d’Alberto Zedda lors d’une reprise de l’Ermione rossinienne. Du maestro concertatore, le chef milanais a reçu la leçon de l’alchimie vocale et la privilégie, fût-ce en pondérant un engagement orchestral qu’un Abbado offrait naguère avec plus de tranchant. Tel qu’en lui-même, ce Boccanegra fera date.

JEAN CABOURG

2 CD Prima Classic PRIMA 069 

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) – Marina Rebeka (Maria Boccanegra/Amelia Grimaldi) – Francesco Meli (Gabriele Adorno) – Michele Pertusi (Jacopo Fiesco/Andrea) – Mattia Olivieri (Paolo Albiani) – Andrea Pellegrini (Pietro)

Orchestra e Coro del Teatro di San Carlo di Napoli, dir. Michele Spotti

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