Oper, 2 mars
Production hivernale des Tiroler Festspiele d’Erl 2021, institution autrichienne dont Bernd Loebe, intendant à Francfort, était aussi le directeur à l’époque, ce Postillon de Lonjumeau s’installe sans problèmes dans une salle plus grande. La scénographie est vive et rodée, avec son théâtre tournant, tantôt orienté côté coulisses, aspects utilitaires compatibles avec la simplicité de scènes villageoises, tantôt frontalement, quand l’action se glisse dans les méandres d’une parodie d’opera seria, dont le décorum paraît cependant un peu trop baroque, pour une action censée se dérouler à la fin du règne de Louis XV.
On passe aussi un bon bout de la soirée à se demander pourquoi le postillon Chapelou, devenu le célèbre ténor Saint-Phar, arbore deux grandes ailes de cygne attachées sur son costume à la Farinelli. Jusqu’à ce qu’on l’entende entonner, au III, en présence de son épousée (qu’il vient en fait d’épouser pour la seconde fois, sans le savoir), « Wir sind allein, zum ersten mal allein » de Lohengrin. Une séquence d’humour pour lyricomanes potaches qui paraît un peu lourde, de même que des dialogues parlés où l’absence d’aisance en français d’à peu près tous les chanteurs les conduit à en faire des tonnes. Mais l’œuvre, restée beaucoup plus populaire en Allemagne qu’en France, déborde de tant de mélodies et d’ensembles agréables qu’on passe de toute façon une bonne soirée, même si les costumes XVIIIe siècle sont d’une finition un peu cheap et si l’orchestre, sous la direction de Beomseok Yi, n’est pas des plus subtilement brillants.
Si le français parlé sur scène est effroyable, en revanche, chanté, il sonne décemment, sauf pour le Bijou, alias Alcindor, de Joel Allison, durablement pénible. Mais il est vrai que ce rôle de rustre, qu’il faut composer en donnant l’illusion de chanter très mal, n’est pas du tout facile. Plus stylé, le Marquis de Corcy de Jarrett Porter affiche péremptoirement ses bonnes manières, mais demeure exotique. Reste le brio de Francesco Demuro en Chapelou, contre-ré inclus, même si l’accès au suraigu ne s’effectue pas toujours sans quelques efforts de bascule trop perceptibles. Et surtout le charme évident de Monika Buczkowska, dont le chant fluide négocie toutes les difficultés avec beaucoup de classe et de fraîcheur.
LAURENT BARTHEL