2 CD Narodowy Instytut Fryderyka Chopina NIFCCD 098-100

Après Halka, Flis, Hrabina, Verbum nobile et Paria, Fabio Biondi et son ensemble Europa Galante se devaient de conclure leur intégrale varsovienne des opéras achevés de Stanisław Moniuszko par Le Manoir hanté (Straszny dwór), resté l’ouvrage le plus populaire du compositeur polonais. 

Mais contrairement aux étapes précédentes du cycle, cette nouvelle parution ne comporte pas l’habituelle mention « World premiere on period instruments ». Tout simplement parce que Fabio Biondi s’est fait cette fois damer le pion par Grzegorz Nowak et The Orchestra of the Eighteenth Century, dans un enregistrement de 2018-2019 déjà publié par le même éditeur, à l’occasion du centenaire Moniuszko (voir O. M. n° 164 p. 79). Et attention à ne pas confondre ces deux épais albums rouges au format mini-livre, qui présentent un visuel strictement identique, à l’exception des noms des interprètes.

Comparaison dès lors inévitable entre deux distributions puisées dans le même réservoir d’interprètes locaux – tout chanteur polonais a forcément un rôle du Manoir hanté à son répertoire – avec, dans la nouvelle version, certaines voix qui peuvent sembler trop légères. C’est le cas notamment de l’Hanna de Karen Gardeazabal (pas du tout polonaise, soit dit en passant, mais hispano-mexicaine), qui décoche un peu utile contre-ré à la fin de son air du quatrième acte, mais dont le timbre acidulé dépare les ensembles. Même réserve pour le Stefan de Petr Nekoranec, joli ténor manquant de substance, et surtout mal assorti au baryton plus consistant du Zbigniew de Paweł Konik ; s’agissant de deux frères dans la pièce, cette disparité gêne. Quant au Miecznik d’Artur Ruciński, il n’a pas la générosité de timbre de son rival Tomasz Konieczny. En revanche, en termes de plaisir auditif global, la comparaison tourne nettement à l’avantage de la version Biondi : la prise de son y est plus aérée, les crispations autour de l’identité « ancienne » des instruments sont moindres, et les tempi, en général plus retenus, laissent les ensembles respirer beaucoup plus librement.

Il en résulte une interprétation très agréable d’une perle du répertoire polonais qu’il serait dommage de méconnaître, mais pas la version de référence espérée. La suprématie de l’enregistrement dirigé par Jacek Kaspszyk (EMI) n’est toujours pas remise en question.

LAURENT BARTHEL

2 CD Narodowy Instytut Fryderyka Chopina NIFCCD 098-100

Karen Gardeazabal (Hanna) – Agata Schmidt (Jadwiga) – Petr Nekoranec (Stefan) – Paweł Konik (Zbigniew) – Agnieszka Rehlis (Cześnikova) – Artur Ruciński (Miecznik) – Rafał Siwek (Skoluba) – Krystian Adam (Damazy) – Mariusz Godlewski (Maciej)

Europa Galante dir. Fabio Biondi

.

Pour aller plus loin dans la lecture

CD / DVD / Livres Intermezzo de R. Strauss

Intermezzo de R. Strauss

CD / DVD / Livres Scarlatti : Il trionfo dell’onore

Scarlatti : Il trionfo dell’onore

CD / DVD / Livres Marina Viotti : Prime donne

Marina Viotti : Prime donne