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L’Annonce faite à Marie à Paris

15/02/2026
Raphaële Kennedy, Sophia Burgos, Vincent Bouchot, Marc Scoffoni, Charles Rice et Els Janssens-Vanmunster. © Théâtre du Châtelet/Thomas Amouroux

Théâtre du Châtelet, 30 janvier

Depuis la création de son Annonce faite à Marie en octobre 2022 à Nantes (voir O. M. n° 187 p. 46), Philippe Leroux n’a en rien retouché son opéra. Aussi, à l’occasion de la reprise de l’œuvre au Théâtre du Châtelet, dans la même production et avec les mêmes chanteurs, pourrions-nous reprendre mot pour mot ce que nous disions il y a trois ans et demi – étrangement, le programme de salle annonce que Sébastien Michaud a signé les lumières et l’adaptation des décors, sans rappeler que les décors originaux sont dus à Guillaume Delaveau.

Rappelons que L’Annonce faite à Marie, d’après la pièce de Claudel créée en 1912, se situe dans un Moyen Âge de convention. Violaine, après avoir embrassé un lépreux, est répudiée par son fiancé, lequel épouse Mara, la sœur de Violaine. Aubaine, l’enfant de Mara et de Jacques meurt subitement, mais Violaine, par sa foi, la ressuscite et fait s’interroger chacun des personnages sur ce miracle.

Philippe Leroux et sa librettiste Raphaèle Fleury ont conçu un opéra qui épouse toutes ces péripéties, sans distance ou ironie. La seule liberté que se permet le compositeur est l’intervention de la voix de Claudel lui-même, qui, grâce à un synthétiseur neuronal mis au point par l’Ircam, vient dire quelques mots à la manière d’un commentaire venu de l’au-delà. Comme à Nantes, l’ensemble des instruments et des voix est sonorisé et amplifié, ce qui nous prive de toute projection naturelle et perd l’ensemble dans un flux sonore mêlé d’échos et de bruits divers qui forment comme un second décor à l’ouvrage.

On retrouve l’espace unique représentant une pièce aux murs hauts, de couleur gris-argenté, les images de nature (arbres, champs, etc.) projetées parfois sur le fond, et les costumes aux couleurs franches d’Anaïs Romand. On retrouve aussi la mise en scène fouillée, précise et sensible de Célie Pauthe, et on regrette toujours que les interprètes, qui défendent avec brio le récitatif mêlé d’ornements (bégaiements, onomatopées) imaginé par Philippe Leroux, soient noyés dans l’appareillage électronique évoqué plus haut.

Les plus remarquables restent Raphaële Kennedy (Violaine), vierge de douleur et martyre, et Sophia Burgos (Mara), qui a le rôle le plus varié, de la douceur à la fureur, de la voix chantée à la voix déformée, moqueuse, geignarde. Les personnages masculins sont plus rustiques, qu’il s’agisse de Pierre le lépreux (Vincent Bouchot), Jacques (Charles Rice) ou du père de Violaine et Mara (Marc Scoffoni), cependant qu’Els Janssens-Vanmunster est la mère éplorée qu’on attend.

Dans la fosse, les solistes de l’Ensemble Intercontemporain ont remplacé ceux de l’Ensemble Cairn, et Guillaume Bourgogne a cédé la baguette à Ariane Matiakh. Malgré sa volonté de donner du relief à la musique, elle se heurte impitoyablement au dispositif qui noie les contours instrumentaux et finit par lasser au lieu d’enchanter.

CHRISTIAN WASSELIN

Raphaële Kennedy (Violaine Vercors)
Sophia Burgos (Mara Vercors)
Els Janssens-Vanmunster (Élisabeth Vercors)
Marc Scoffoni (Anne Vercors)
Charles Rice (Jacques Hury)
Vincent Bouchot (Pierre de Craon)
Ariane Matiakh (dm)
Célie Pauthe (ms)
Anaïs Romand (c)
Sébastien Michaud (l)

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