Opéras L’Affaire Makropoulos à Lille
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L’Affaire Makropoulos à Lille

18/02/2026
Aušrinė Stundytė. © Frédéric Iovino

Opéra, 7 février

Ce n’est pas pour la production de Kornél Mundruczó, créée à Anvers en 2017 (voir O. M. n° 122 p. 33) et passée par Genève, qu’on allait voir L’Affaire Makropoulos à Lille, mais pour la prise du rôle d’Emilia Marty par Véronique Gens, confrontant son éducation mozartienne à la partition de Janáček. Empêchée, elle a laissé la place à Aušriné Stundyté – une Elektra, une Lady Macbeth de Mzensk – qui l’a déjà incarné en 2024 à Lyon (voir O. M. n° 205 p. 69), et depuis à Londres. Elle s’est intégrée à la production au point de la dominer de toute sa forte personnalité, tout en se pliant au parti de Mundruczó, qui voit Emilia Marty non en diva insaisissable, mais en être humain las d’une vie trop longue. Froide et indifférente, elle garde cependant un magnétisme dominateur, son ultime défense dans une production qui avec ses films d’autoroute encadrant le premier acte, déplace l’action aujourd’hui, bien au-delà des 337 ans de la malheureuse. 

Si elle apparaît d’abord casque de motard en main, en blouson et jeans, cheveux courts poivre et sel, dans toute l’insolence du personnage, elle a vite du mal à cacher la dégradation de son état physique, comme en témoigne une chute au milieu de l’acte I. Exposée aux actes suivants, son intimité montre – trop vite peut-être –, entre sous-vêtements peu seyants, crâne rasé et peau malmenée, qu’elle est physiquement acculée dans sa solitude extrême.

À Lyon, son aigu crié inquiétait ; il est ici stable, parfaitement amené, à côté de piani délicats et aériens. Une leçon, qui prolonge celle de Dennis Russell Davies, chef de la Philharmonie de Brno, attaché à l’énergie d’un flux musical jamais en repos autant qu’au détail instrumental que l’Orchestre National de Lille produit avec authenticité. Tout au plus regrette-t-on de ne pas retrouver le mystère et la magie des fanfares évoquant le règne de Rodolphe II dans le Prélude. 

Pareille battue exigeante demande aux solistes un chant incisif, sonore, jouant plus du forte que du piano. La distribution, très homogène, tient le pari, à commencer par le Vítek très expressif de Paul Kaufmann, et le Dr. Kolenatý de Jan Hnyk, au timbre autoritaire servant à merveille ses colères d’avocat. Très expressif aussi, le Jaroslav Prus de Robin Adams, tout infatué de son importance, face au Janek presque trop viril de Florian Panzieri. Denys Pivnitskyi compose de son ténor élégant un bouillant Albert Gregor, tandis qu’avec Hauk-Šendorf, on retrouve un Jean-Paul Fouchécourt très tendre. Mathilde Legrand a la discrétion obligée de ses rôles de service, contrairement à Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, dont le timbre profond offre une Krista plus exubérante que de tradition.

PIERRE FLINOIS

Aušrinė Stundytė (Emilia Marty)
Denys Pivnitskyi (Albert Gregor)
Paul Kaufmann (Vítek)
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Krista)
Robin Adams (Jaroslav Prus)
Florian Panzieri (Janek)
Jan Hnyk (Dr. Kolenatý)
Jean-Paul Fouchécourt (Hauk-Šendorf)
Dennis Russell Davies (dm)
Kornél Mundruczó (ms)
Monika Pormale (dc)
Felice Ross (l)

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