Opéras La traviata à Dijon
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La traviata à Dijon

28/02/2025
David Astorga et Mélody Louledjian. © Opéra de Dijon/Mirco Magliocca

Auditorium, 9 février

Après avoir fait de la Norina de Don Pasquale une prostituée SDF vivant dans sa voiture en 2022, c’est en dominatrice professionnelle qu’Amélie Niermeyer a transposé le personnage de Violetta. Le premier acte de sa Traviata se déroule dans une boîte interlope, entre cuir, paillettes et strass, où s’ébat tout un petit monde d’esclaves, de dominateurs, dominatrices et de travestis en tous genres. L’héroïne y mène en laisse un homme, en harnais et masque de chien, qu’elle abandonnera pour céder aux promesses d’Alfredo. Le même décor de béton brut et de tubes métalliques, éclairé par des néons de couleur, servira pour la fête chez Flora. Entre-temps, monté sur une tournette, son envers offrira une vision kitsch, volontairement ridicule, de l’univers improbable où s’est réfugié le couple, et dont le caractère artificiel annonce la fragilité. Il servira au final de chambre pour la mort de Violetta, mais le premier décor réapparaîtra brièvement lorsque Violetta, en traversant le mur pendant le petit chœur des masques, y découvrira le cadavre des êtres qui peuplaient sa vie d’avant.

Cette vision contemporaine, très puissante, ne recule devant aucun excès, ce qui explique que le spectacle ait été déconseillé aux moins de 12 ans. Ce n’est pas à la figure de Violetta qu’Alfredo jettera ses billets de banque, il les fourrera carrément dans son slip pour bien indiquer à quoi a servi cet argent. Quant à Germont père, c’est en lui jetant un seau d’eau à la figure qu’il calmera les fureurs d’Alfredo dans un geste aussi inattendu qu’étonnant. Comme dans la précédente Norina, Melody Louledjian se coule à merveille dans cette conception d’une totale crudité. Sa silhouette longiligne de top model donne beaucoup de crédibilité à son personnage. Son soprano lyrique épouse sans problème la vocalité multiple de Violetta, dans la vocalise au premier acte comme dans le lyrisme des deux derniers, malgré un léger déficit dans le registre grave, largement compensé par une interprétation d’une grande sincérité. Elle construit son interprétation avec finesse et se révèle bouleversante dans les dernières scènes. L’Alfredo de David Astorga, voix brillante typiquement italienne, souffrirait quelques nuances dynamiques dans les premières scènes, mais il finit par les trouver dans son dernier duo avec Violetta. Il en va un peu de même du Germont père de Serban Vasile, dont le baryton sonore et la conduite de voix impeccable pourraient se compléter de temps en temps de la douceur de l’accent paternel, mais qui reste dans un registre autoritaire un peu trop uniforme.

La galerie des petits rôles, recrutés parmi les meilleurs éléments du jeune chant français, contribue à la réussite de la production, tous caractérisant de façon remarquable leurs personnages, depuis la Flora sensuelle de la mezzo Marine Chagnon, le Gastone finement pervers de Carl Ghazarossian, ou l’Annina maternelle et un peu brusque de Marie Lenormand, jusqu’au puissant baron Douphol de Timothée Varon en passant par le Marquis de Joé Bertili. L’excellent chœur de l’Opéra de Dijon et l’Orchestre Dijon Bourgogne, sous la direction affutée de Debora Waldman, offrent une lecture très convaincante de cette Traviata, révisée avec intelligence, qui se taille un succès sans partage auprès d’un public enthousiaste.

ALFRED CARON

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