Opéras La traviata à Bordeaux
Opéras

La traviata à Bordeaux

06/02/2026
Julien Behr et Federica Guida. © Frédéric Dumesure

Grand-Théâtre, 30 janvier 

Coproduite avec le Capitole de Toulouse où elle a été donnée en 2018 et 2023, Bordeaux avait déjà vu cette Traviata en 2021 dans une version adaptée pour cause de Covid (voir O. M. n° 166 p. 44). Elle y revient, reprise par Stephen Taylor. La mise en scène de Pierre Rambert, que la plupart de nos collègues avaient trouvée « somptueuse », nous paraît inutilement chargée et surtout manquer de cohérence dans son éclectisme visuel, nous faisant passer, dans des décors évoquant le XIXe siècle d’origine, d’un premier acte sans époque à la villa moderne avec piscine du deuxième, pour s’achever sur la mort de Violetta sous un dais de voile où un « ange » s’élève pendant le Prélude. Sans doute, avec le pas de deux « espagnol » du deuxième acte pour deux figures squelettiques, le seul moment un peu original de la production. Les costumes haute couture de Franck Sorbier sont certes du plus grand chic mais ne répondent à aucune nécessité dramatique sauf celle de flatter l’œil. N’étaient quelques touches ça et là, comme le Marquis obligeant Flora à regarder l’humiliation de Violetta au deuxième acte, la direction d’acteurs dépasse rarement la plus plate convention.

Dans le rôle-titre, Federica Guida fait valoir un soprano de grand lyrique de la plus belle étoffe, qui s’épanouit dans les aigus à pleine voix. Passé un premier acte où la cabalette de « Ah, fors’è lui » dont elle chante les deux strophes, montre son incapacité à alléger, elle paraît plus à l’aise dans les aspects lyriques et dramatiques du rôle mais reste très avare de nuances ou de demi-teintes, ce qui nuit à la profondeur du personnage. Face à elle, Julien Behr, timbre pincé et privé de couleur, s’étouffe dans la cabalette de « Lunge da lei » et finit l’opéra dans une sorte de parlando très prudent. Avec une conception moins monolithique du personnage, uniformément autoritaire, le Germont de Lucas Meachem nous comblerait tout à fait. Son chaleureux baryton bien projeté et bien conduit pourrait se montrer plus caressant dans le duo avec Violetta. Marine Chagnon, sous-distribuée en Flora, semble réduite à faire valoir un physique de vamp et des jambes magnifiques dans sa jupe fendue tandis que, malgré sa robe ridicule, Jingchao Wu donne une belle présence à Annina. L’ensemble des petits rôles masculins est assuré avec compétence et, à quelques décalages près dans les premières scènes, le chœur se montre d’une belle homogénéité favorisée par un certain statisme.

Dans la fosse, Tito Ceccherini, après un premier acte mené tambour battant, calme ses ardeurs et donne un peu plus de place au lyrisme et à la recherche de climat, menant au succès cette production d’un autre temps.

ALFRED CARON

Federica Guida (Violetta Valéry)
Marine Chagnon (Flora Bervoix)
Jingchao Wu (Annina)
Julien Behr (Alfredo Germont)
Lucas Meachem (Giorgio Germont)
Mathys Lagier (Gastone, visconte de Letorières)
Loïck Cassin (Barone Douphol)
Jean-Pascal Introvigne (Marchese d’Obigny)
Thomas Dear (Dottore Grenvil)
Tito Ceccherini (dm)
Pierre Rambert (ms)
Antoine Fontaine (d)
Franck Sorbier (c)
Joël Fabing (l)

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