Opéra Bastille, 15 janvier
Reprendre une production créée à Lyon en 2000, revue au TCE en 2002, intégrée en 2008 au répertoire de l’Opéra Bastille (voir O. M. n° 35 p. 56 de décembre 2008 & n° 54 p. 72 de septembre 2010), pourrait lui faire accuser son quart de siècle. Il n’en est rien : le travail scénique d’André Engel a beau n’être plus crédité dans le programme de salle – la présente reprise est assurée fidèlement par Dagmar Pischel – il garde fraicheur et mélancolie, même si son parti d’opposer une nature cernée de toute part par l’impact des humains ne rend pas justice au panthéisme peint par Janacek, et autrement magnifié par un Felsenstein à Berlin, un Hytner au Châtelet. Mais ce qui semblait trop marqué hier apparait aujourd’hui plus défendable, l’impact de l’anthropocène sur le milieu naturel étant devenu entretemps le vertige que l’on sait.
Le rideau de scène façon livre pour enfants dit l’esprit que Nicky Rieti avait insufflé ici : des personnages hauts en couleur – délicieusement individualisés par les costumes d’Elisabeth Neumuller face à un environnement qui n’a plus rien de naturel comme ce champ de tournesols quasi industriel, coupé net par une vieille voie de chemin de fer, ou cette ferme carcérale dominée par son silo à grains.
Aux personnages animaliers de donner une magie propre au spectacle, et cela marche encore. On retrouve la Renarde de 2008, Elena Tsallagova, toujours épatante, même si la voix s’est un peu durcie dans l’aigu par rapport à sa prestation munichoise de 2022. Paula Murrihy campe un Renard tout aussi délicieux, dont le timbre se distingue peu de celui de sa bien-aimée. Il faudrait citer chaque interprète, pour la qualité de la langue, du chant et de la personnalisation, et ce jusqu’aux membres individualisés du chœur, par ailleurs magnifique, et délicieusement complété par les jeunes membres du Prague Philharmonic Children’s Choir. Et saluer la belle introspection de Milan Siljanov, somptueux de timbre, qui remplace Iain Paterson désormais promu jeune Wotan suite au retrait de Ludovic Tézier de Das Rheingold à venir.
Nouveau venu à l’Opéra de Paris, mais déjà entendu avec le National, Juraj Valčuha met un peu de temps à trouver le ton juste pour la première scène, mais emporte bientôt l’orchestre dans une sensualité sonore qui sied aux amours de l’héroïne, et porte la renaissance finale joyeuse à son plus intense. Bref, le répertoire à son meilleur !
PIERRE FLINOIS