Opéras La Petite Renarde rusée à Berlin
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La Petite Renarde rusée à Berlin

02/04/2026
Magdalena Kožená et Vera-Lotte Boecker. © Monika Rittershaus.

Staatsoper, 7 mars

Le sixième et dernier épisode du cycle Janáček berlinois de Simon Rattle est à nouveau une réussite. Probablement même l’apogée du projet initialement voulu par Daniel Barenboim, et pas seulement parce que c’est l’opéra que le chef anglais a le plus souvent dirigé, une œuvre dans laquelle il voit un hymne panthéiste, une ode à la gloire de la nature, et dont il aime souligner l’importance. Tout a commencé quand, étudiant de 17 ans, il y avait tenu la partie de célesta, avant de diriger la partition pour la première fois à Glyndebourne en 1975 : Rattle n’avait alors que 20 ans, et l’ouvrage était chanté en anglais.

Un demi-siècle plus tard, le chef a les cheveux gris mais la musique de Janáček lui est toujours aussi chevillée au corps. Il la maîtrise plus profondément encore parce qu’il connaît désormais la langue et la culture tchèque, il a même une famille tchèque et cette nouvelle production – évidemment en langue tchèque – lui permet d’ailleurs de retrouver son épouse, Magdalena Kožená, remarquable dans le rôle du Renard.

Dès l’Ouverture, diaphane à souhait, la baguette est fine mais ferme, procédant par touches allusives, trouvant le juste chemin entre le pôle animal et le pôle humain, garantissant la dimension bucolique, mais aussi la nature éminemment poétique de la partition. La complicité de celui qui fut de 2002 à 2018 le patron du Philharmonique de Berlin avec les rivaux de la Staatskapelle est manifeste, et leur bail est encore plus long puisqu’ils collaborent depuis dix-huit ans. Tant et si bien que l’orchestre l’a, à la fin du cycle de représentations, nommé « Ehrendirigent » (qu’on traduira par chef honoris causa plus que par chef honoraire pour éviter la connotation de retraité) en témoignage de sa profonde gratitude.

Musicalement touché par la grâce, le spectacle l’est aussi dans sa mise en scène. On retrouve la dilection de Ted Huffman pour les grands espaces dégagés : murs blancs, plateau vide qui se meuble de quelques accessoires au gré des levers d’un immense rideau vert qui sépare les scènes – un monticule de terre noire, un intérieur Biedermeier rempli de chaises, de commodes et d’horloges, quelques échelles. C’est qu’une partie de la magie scénique vient de l’omniprésence d’une dizaine d’enfants gymnastes, acrobates et trapézistes en justaucorps colorés, qui apportent, en contrepoint à la pesanteur des humains enferrés dans leurs occasions manquées (tous les hommes sont amoureux de Terynka), la légèreté insouciante de la nature. Même quand, au final, la musique se fait plus grandiose, voire grave, les visuels d’Huffman restent gracieux.

D’une distribution en tout point remarquable, on retiendra d’abord et avant tout la Renarde de Vera-Lotte Boecker, en prise de rôle. Actrice extraordinaire capable de faire ressentir la liberté, l’indépendance, la grâce (même lorsqu’elle égorge les poules rouges et blanches) mais aussi la force du personnage. Et chanteuse à la voix d’une souveraine ampleur, précise dans les aigus, suave dans les phrasés, et capable de conférer à chaque instant le juste influx dramatique. Les interprètes des personnages masculins (Svatopluk Sem, Florian Hoffmann, David Oštrek et Carles Pachon) sont également dignes d’éloges.

NICOLAS BLANMONT

Svatopluk Sem (Le Garde-chasse)
Natalia Skrycka (Sa Femme)
Florian Hoffmann (L’Instituteur/Le Moustique)
David Oštrek (Le Curé/Le Blaireau)
Carles Pachon (Harasta)
Junho Hwang (L’Aubergiste)
Adriane Queiroz (Sa Femme/La Poule huppée)
Vera-Lotte Boecker (La Renarde)
Magdalena Kožená (Le Renard)
Sandra Laagus (Le Chien)
Anna Samuil (Le Coq)
Simon Rattle (dm)
Ted Huffman (ms)
Nadja Sofie Eller (d)
Astrid Klein (c)
Bertrand Couderc (l)

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