
1 CD Sony 199 584 004 42
L’anniversaire de la mort d’Erik Satie, survenue en 1925, a été célébré assez discrètement, mais cet enregistrement nous rappelle que le compositeur des Gnossiennes fut une figure de la « Belle Époque », et nous propose d’en faire une espèce de guide à l’occasion d’une promenade à travers un Paris aujourd’hui perdu. Tout commence avec « Je te veux », l’une des pages les plus séduisantes de Satie, que Julie Fuchs aborde avec l’abandon et l’espièglerie qui conviennent. Oui, mais voilà : au piano -d’Alphonse Cemin viennent s’ajouter l’accordéon de Félicien Brut et la contrebasse de Davide Vittone, et le morceau perd beaucoup de sa simplicité, sans que bien sûr le talent des instrumentistes soit ici en cause. Un grand nombre de pages réunies dans ce disque, ainsi, ont été arrangées par Cyrille Lehn (quelques-unes par Arthur Lavandier, Thibault Perrine se chargeant des « Oiseaux », l’une des Trois mélodies sans paroles de Satie), et des chansons comme « Le Chat noir », « Le Fiacre » ou « Chochotte » prennent tout à coup un tour beaucoup trop sophistiqué. Le comble est atteint par « Le Temps des cerises », qui sonnerait presque, avec le violon sucré d’Alexis Cardenas, comme un intermède pour vestibule d’hôtel 1900 ou comme un air de Lehár.
Les pages les plus émouvantes sont celles qui ne font appel qu’à la voix et à un seul instrument – « Ce n’est plus Lisette » de Béranger, « Ma première lettre » de Cécile Chaminade, les trois mélodies de 1916 de Satie dont la délicieuse « Daphénéo ». Le timbre brillant de Julie Fuchs, son sens de l’interprétation, son aisance technique (dans la « Pantomime » de Debussy ou la « Vocalise » de Tailleferre) suffisent à rendre hommage à toutes ces pages un peu éparpillées.
On se demande en revanche ce que vient faire ici une chanson de troupe comme « Tu ne manieras pas mes tétons » d’Aristide Bruant, et qui a eu l’idée de demander à Julie Fuchs de lire à voix haute les indications de jeu fantaisistes (« N’allumez pas encore, vous avez le temps », « Léger comme un œuf », etc.) dont Satie a pourvu ses Descriptions automatiques ? À Vienne, en 1922, Schoenberg crut bien faire en lisant les mêmes indications pendant qu’Eduard Steuermann jouait au piano. On raconte qu’en apprenant cette initiative, Satie entra dans une colère fort peu « gymnopédique ».
CHRISTIAN WASSELIN
1 CD Sony 199 584 004 42
Satie – Templeton – Debussy – G. Charpentier – Bruant – Chabrier – Xanrof – Stravinsky – Béranger – A. Renard – Chaminade – Poulenc – Tailleferre – Auric
Levy Sekgapane (ténor) – Florent Baffi (basse) – Alphonse Cemin (piano) – Alexis Cardenas (violon) – Davide Vittone (contrebasse) – Félicien Brut (accordéon)
.