Opéra, 2 janvier
À l’affiche cinq soirs pour la fin d’année, ce Barbiere di Siviglia fait un tabac. Il est vrai que la production de Pierre-Emmanuel Rousseau, créée à Strasbourg en 2018 puis reprise à Rouen l’année suivante (voir O. M. n° 144 p. 56 & n° 155 p. 59) est aussi flatteuse pour l’œil qu’enlevée, pour peu qu’on ne se pose pas trop de questions. Personnellement, nous sommes quand même gêné par le primat accordé au gag sur la dramaturgie (avec des chorégraphies modernes aussi attendues que répétitives) et par l’arbitraire des profils psychologiques – en particulier un Figaro alcoolique, quasi SDF, et une Rosine délurée mais pas foncièrement hostile à son tuteur. Plus problématique, les décors sont jolis mais peu lisibles, l’intérieur ne correspondant pas à ce qu’on voyait depuis la place au début, ce qui rend peu compréhensibles les entrées et sorties dans ce qui devrait être une vraie forteresse.
La direction d’Alessandro Cadario, d’une belle énergie, assure une bonne mise en place, même dans les périlleux ensembles, mais peine à tendre l’arc dramatique de cette autre « folle journée » comme à ménager la gradation du fameux crescendo.
Le plateau est dominé par les deux meneurs de jeu. Vito Priante impose, par sa diction mordante, son baryton glorieux – sauf dans ses premières vocalises du duo « Dunque io son » – et son aisance scénique, un Figaro attachant, quoique, mise en scène oblige, moins virevoltant que dans la tradition. Abordant enfin sa première Rosina, Éléonore Pancrazi fait valoir la présence théâtrale et vocale qu’on lui connaît, avec un mezzo nerveux, étendu et aisé – à part un extrême aigu parfois un peu trop en force – ainsi qu’une virtuosité à toute épreuve, et de très originales variations dans ses deux airs.
Santiago Ballerini convainc moins, tenore di grazia plein d’aplomb mais volontiers claironnant, alternant aigus poussés ou détimbrés. La vocalise est de surcroît parfois laborieuse, d’où sans doute un trio « Ah! qual colpo inaspettato » amputé, et l’absence du rondo final « Cessa di più resistere ».
Marc Barrard est un truculent Bartolo, au canto sillabato toujours impressionnant et au mordant appréciable dans l’aigu, aux côtés du plus modeste Basilio d’Alessio Cacciamani, grave peu puissant et aigu manquant d’ampleur. Enfin, si Gilen Goicoechea chante fort joliment Fiorello, c’est Andreea Soare qui fait sensation en Berta, sa grande voix et sa présence ravageuse – on comprend d’ailleurs mal que Rosina parvienne à échapper à la vigilance d’une duègne aussi fureteuse ! – lui valant un triomphe aux saluts
THIERRY GUYENNE
Santiago Ballerini (Il Conte d’Almaviva)
Marc Barrard (Bartolo)
Éléonore Pancrazi (Rosina)
Vito Priante (Figaro)
Alessio Cacciamani (Basilio)
Andreea Soare (Berta)
Gilen Goicoechea (Fiorello)
Alessandro Cadario (dm)
Pierre-Emmanuel Rousseau (ms/dc)
Gilles Gentner (l)