Opéras Faust à Versailles
Opéras

Faust à Versailles

12/04/2026
Vannina Santoni, Julien Behr et Luigi De Donato. © Opéra Royal du Château de Versailles/Franck Putigny

Opéra Royal, 22 mars

Inaugurée à Tours il y a quelques semaines (voir O. M. n° 219 p. 117), la nouvelle production de Faust signée Jean-Claude Berutti investit l’Opéra Royal de Versailles. L’occasion de revenir sur un spectacle qui, lors de sa création, nous avait laissé dubitatif : une lecture assez conventionnelle, parfois dépourvue de clarté ou de souffle poétique – notamment dans la première partie, avec une scène du jardin cruellement lisse. Des réserves toutefois atténuées par une direction d’acteurs affûtée et par l’excellente cohésion du plateau, ici presque identique à celui de Tours. Seule différence : le Faust de Julien Behr, qui, avec cette prise de rôle, franchit un jalon décisif dans la maturation de son ténor lyrique. Si le métal argenté du timbre séduit de bout en bout, le musicien n’en déploie pas moins une palette d’une richesse confondante, pour un docteur à fleur de peau, débordant de jeunesse et d’élan amoureux, qui atteint son apogée dans un « Salut, demeure chaste et pure » baigné d’une tendresse aérienne.

Le reste de la distribution, favorisé par l’acoustique flatteuse de l’écrin versaillais et par la proximité idéale entre scène et fosse, ne fait qu’amplifier l’enthousiasme, balayant les quelques réserves soulevées à Tours. Vannina Santoni, dans une forme éclatante, captive toujours autant par sa présence magnétique et les charmes de son soprano velouté, envoûtant, d’une ductilité expressive qui nous conduit plusieurs fois au bord des larmes. Anas Séguin confirme en Valentin une autorité vocale exceptionnelle, avec un timbre souverain, une projection insolente, un sens du phrasé d’une grande finesse – de quoi donner envie de le retrouver en Don Giovanni, in loco, en début de saison prochaine. L’acoustique généreuse du lieu sert également au mieux le Siébel touchant d’Éléonore Pancrazi, ainsi que le Méphisto irrésistible de Luigi De Donato, dont le verbe mordant, l’humour parfaitement dosé et l’autorité magnétique offrent une incarnation aussi captivante que subtile.

Aux chœurs réunis des deux théâtres coproducteurs, exemplaires d’éclat et de cohésion, s’ajoute l’autre nouveauté de cette reprise versaillaise : l’orchestre maison, jouant sur instruments d’époque (accordés à 438 Hz), qui ravit par le mordant, l’ampleur des dynamiques et la beauté des couleurs – magnifiques cor naturel de Joël Lasry et hautbois solo de Martin Roux –, porté sur les cimes par la direction vive et nerveuse de Laurent Campellone, qui assure une continuité dramatique sans relâche.

PAOLO PIRO

Julien Behr (Faust)
Luigi De Donato (Méphistophélès)
Anas Séguin (Valentin)
Jean-Gabriel Saint-Martin (Wagner)
Vannina Santoni (Marguerite)
Éléonore Pancrazi (Siébel)
Julie Pasturaud (Marthe)
Laurent Campellone (dm)
Jean-Claude Berutti (ms)
Rudy Sabounghi (d)
Françoise Raybaud (c)
Christophe Forey (l)

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