Opéras Falstaff à Milan
Opéras

Falstaff à Milan

01/03/2025
Ambrogio Maestri. © Teatro alla Scala/ Brescia e Amisano

Teatro alla Scala, 7 février

Au cours des vingt dernières années, la Scala n’avait vu Falstaff que sous des angles transposés : la version très fifties de Robert Carsen, importée de Covent Garden, puis celle de Damiano Michieletto, réchauffée du Festival de Salzbourg, une relecture tortueuse, dans un asile pour vieux artistes inspiré de la Casa Verdi de Milan. Il était donc temps de revenir aux sources. Et quel meilleur choix que la production légendaire de Giorgio Strehler, créée ici même le 7 décembre 1980 ? 

Les décors n’ayant pas été conservés, il a fallu en fabriquer de nouveaux, mais en utilisant des techniques d’époque. Un splendide travail supervisé par Leila Fteita, ancienne assistante d’Ezio Frigerio. Ces reconstitutions de paysages agricoles d’Émilie-Romagne suscitent de lumineuses sensations visuelles d’espace et de plein air. On se croirait vraiment dans les grandes fermes traditionnelles typiques de la région natale de Verdi, entre le hameau de Roncole Verdi et la ville de Busseto. En revanche, la subtilité de la mise en scène de Strehler, tant saluée à l’époque pour son naturel, semble avoir été plus difficile à retrouver. Le dernier tableau, joliment brumeux mais encombré de figurants peu investis, en pâtit relativement.

En fosse, Daniele Gatti fait preuve d’une solide maîtrise de l’œuvre. L’orchestre est brillant, mais manque d’un rien de liberté et de jubilation. Dans le rôle-titre, toujours le baryton italien Ambrogio Maestri, qui chante ici Falstaff depuis 2001, et réussit encore à faire illusion, en dépit d’une patente usure des moyens, en net contraste avec la santé insolente de Luca Micheletti, Mr. Ford d’une exceptionnelle présence scénique. La Mrs. Quickly de Marianna Pizzolato, davantage rossinienne que picaresque, la Alice Ford toujours jolie mais un peu légère de Rosa Feola, la délicieuse Nannetta de Rosalia Cid, le Fenton un rien raide de Juan Francisco Gatell… le plateau est de qualité, mais reste parfois en deçà des attentes. En tout cas une soirée d’une belle authenticité scaligère, qui réinstalle confortablement Falstaff là où il est vraiment chez lui.

LAURENT BARTHEL

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