Zénith, 31 décembre
La reprise de cette production, créée à Nancy en 2023 et revue en 2025 à Lausanne (voir O. M. n° 213 p. 60), réserve une agréable surprise. Remontée par Louise Brun, elle semble avoir gagné un supplément de vie. On le doit aussi à une distribution entièrement renouvelée, dont la cohérence et l’investissement font oublier quelques options discutables. Norina est une technicienne de surface à qui Malatesta offre l’occasion d’épouser le neveu de son patron, le riche Don Pasquale dont il est l’homme de confiance. Au final, pourtant, elle récusera et son amoureux et Malatesta, son amant et son complice, pour s’emparer des affaires du barbon et valider leur faux mariage par une union avec lui. Cette version modernisée n’obligeait peut-être pas à avoir recours à certains gestes un peu vulgaires comme ce coup de genou dans les parties qu’elle inflige au second au finale. L’apparition du chœur, déguisé en lutins roses dans son décor de Noël, et la chorégraphie qui l’accompagne, restent en revanche toujours aussi absurdes et désopilants.
Le baryton-basse large de David Bižić est parfaitement calibré pour son rôle de basse bouffe, et il compose un Don Pasquale plus vigoureux que ne l’entend le livret, qui reprend du poil de la bête face à l’adversité. Lui répond l’élégant Malatesta d’Armando Noguera, en manipulateur aussi discret qu’efficace, dont le baryton plus clair contraste agréablement avec lui dans leur duo du deuxième acte. Lauranne Oliva possède une technique belcantiste impeccable. Avec son timbre de lyrique léger d’une grande pureté mais suffisamment charnu, elle offre un portrait très convaincant de Norina, de la fausse ingénue à la dominatrice sans états d’âme. Mais la révélation de la production reste incontestablement l’Ernesto de Jonah Hoskins, qui se coule avec gourmandise dans son rôle d’adolescent prolongé, dispensant généreusement un aigu sans limite. Sa ligne de chant d’une remarquable élégance nous vaut une sérénade de toute beauté, et sa voix se marie avec celle de la soprano dans un duo final ensorcelant. Si les voix sont soutenues par une discrète amplification, nécessaire dans l’espace du Zénith, elle ne dénature jamais les timbres et ne trompe pas sur leur capacité de projection.
Sora Elisabeth Lee dirige l’orchestre et le chœur maison avec beaucoup d’énergie. Elle tape un peu fort dans les premières mesures de l’Ouverture mais trouve rapidement le juste équilibre entre fosse et plateau et mène le spectacle à un succès sans partage.
ALFRED CARON
David Bižić (Don Pasquale)
Armando Noguera (Malatesta)
Jonah Hoskins (Ernesto)
Lauranne Oliva (Norina)
Gabrielle Charles Casalis (Un notaro)
Sora Elisabeth Lee (dm)
Tim Sheader (ms)
Leslie Travers (d)
Jean-Jacques Delmotte (c)
Howard Hudson (l)
Steve Elias (ch)