Opéras Don Pasquale à Nice
Opéras

Don Pasquale à Nice

21/03/2026
Federico Longhi. © Nathan Cassar

Opéra, 13 mars

Repris à l’Opéra Nice Côte d’Azur, le Don Pasquale de Tim Sheader livre un théâtre lisible et mobile, déployant ce parfum de comédie musicale qu’avait salué Alfred Caron lors de la création du spectacle à Nancy en janvier 2024 (voir O. M. n° 199 p. 82). Le ridicule social et les rapports de pouvoir circulent avec une vraie fluidité dans un décor tournant aux couleurs acidulées, entre luxe ostentatoire et mauvais goût assumé. Mais l’intérêt de la reprise niçoise tient moins, sans doute, au spectacle lui-même qu’à la manière dont une nouvelle distribution peut en déplacer le centre de gravité. Car cet opéra n’est jamais aussi réussi que lorsque ses quatre rôles principaux composent non pas une suite de numéros individuels, mais une mécanique de caractères, de timbres et de présences.

Dans le rôle-titre, Federico Longhi offre ce grain un peu dru et cette émission charnue qui évitent d’en faire un simple pantin. La voix garde une assise réelle, parfois même une épaisseur bourrue qui rend le personnage plus consistant et lui donne ce poids vocal sans lequel la mécanique comique perd vite de sa portée. Mariam Battistelli, en Norina, livre une prestation alternant souplesse et nervosité, avec des aigus éclatants et ce qu’il faut de mordant dans l’attaque. Le timbre semble taillé pour la vivacité, avec une brillance qui peut séduire, sans lisser le tempérament. C’est évidemment dans « Quel guardo il cavaliere », puis dans la cabalette qui suit, que cette virtuosité de caractère trouve son terrain naturel. Paolo Nevi a, pour Ernesto, ce qu’exige le rôle : un chant lié et tendre, une émission claire, un aigu franc, qui fait le prix de « Com’è gentil », où la ligne exposée ne pardonne rien. Quant à Mikhail Timoshenko, Malatesta semble lui convenir par la tenue du phrasé, la fermeté du timbre, et cette autorité vocale qui permet de structurer les ensembles sans les durcir. Sa présence peut apporter au rôle ce mélange de contrôle, d’aplomb et de netteté qui en fait le vrai moteur dramatique.

Au pupitre, Giuliano Carella est un atout de poids dans un ouvrage qui demande moins de démonstration que de style. La priorité est donnée à la vivacité et au sens du théâtre jusque dans les moindres relances. L’Orchestre Philharmonique de Nice déploie cette légèreté tendue qui laisse chanter les voix tout en maintenant l’action sous pression, avec une façon de faire respirer les ensembles et de soutenir les récitatifs sans tomber dans la simple agitation. Sous cette battue, le chœur trouve une pétulance qui, sans jamais forcer le trait, donne à cette comédie tout son relief social.

DAVID VERDIER

Federico Longhi (Don Pasquale)
Mikhail Timoshenko (Malatesta)
Paolo Nevi (Ernesto)
Mariam Battistelli (Norina)
Giuliano Carella (dm)
Tim Sheader (ms)
Leslie Travers (d)
Jean-Jacques Delmotte (c)
Howard Hudson (l)

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