
2 DVD Cmajor 770508
Cette première production de Don Giovanni par Barrie Kosky a été captée en décembre 2021 au Staatsoper de Vienne, devant une salle vide pour cause de confinement. Le public ne la verrait qu’en juin suivant (voir O. M. n° 185 p. 78). Elle est marquée par l’omniprésence du minéral, comme sous le signe du Convidado de piedra (Tirso de Molina) et du Festin de pierre (Molière) : décor nu de lave noire, roche servant à tuer le Commandeur ou figurant sa statue au cimetière, Leporello jonglant ou la bouche pleine de cailloux… Les nombreux costumes et leurs couleurs flashy, comme les soudains accès gestuels de certains personnages, sont des signatures connues du metteur en scène australien.
Quelques scènes, telles la mort du commandeur dans une étreinte à trois – qu’on retrouve, inversée, pour celle du Don –, la rigolarde scène du cimetière, ou le finale, portent une authentique originalité. Mais d’autres sont très classiques voire assez convenues (trio « du balcon », duos Zerlina-Masetto…), parfois même plates, à l’instar de la plupart des airs. On peine donc à identifier un point de vue bien clair dans ce spectacle qui n’intéresse que par intermittence, et passerait mieux si l’aspect musical et vocal nous comblait.
La direction de Philippe Jordan – très actif au pianoforte pour les récits – est solide mais peu enivrante, et l’orchestre desservi par la prise de son, qui met au premier plan, voire surexpose des voix pour la plupart pas de premier ordre : Commandeur puissant mais trémulant et fâché avec la justesse, Anna banale, au trémolo dans l’aigu très gênant, Ottavio sans mièvrerie mais au jeu conventionnel, et trop en force dans les aigus et vocalises (« Il mio tesoro »). Le couple paysan est mieux chantant, même si Patricia Nolz manque de charme. Kate Lindsey serait une Elvira assez touchante, mais que la tessiture cantonne à une véhémence un peu systématique, trouvant le piano au début d’un « Mi tradi » surveillé, mais pas sur les la aigus des deux trios.
Le couple maître-valet, entre dépendance (canine), complicité ludique et tendresse, très travaillé scéniquement – un peu aux dépens des autres –, fonctionne bien vocalement, sans doute grâce aux micros. Acteur épatant, Philippe Sly prête son beau timbre à Leporello, mais abuse parfois du parlando (récitatifs, air « du catalogue »). Kyle Ketelsen, enfin, malgré une « Sérénade » peu réussie, possède le magnétisme physique et le mordant vocal d’un très bon Don Giovanni.
THIERRY GUYENNE
2 DVD Cmajor 770508
Kyle Ketelsen (Don Giovanni) – Ain Anger (Il Commendatore) – Hanna-Elisabeth Müller – (Donna Anna) – Stanislas de Barbeyrac – (Don Ottavio) – Kate Lindsey (Donna Elvira) – Philippe Sly (Leporello) – Peter Kellner (Masetto) – Patricia Nolz (Zerlina)
Chor und Orchester der Wiener Staatsoper, dir. Philippe Jordan. Mise en scène : Barrie Kosky. Réalisation : Ella Gallieni (16:9 ; stéréo : PCM ; DTS 5.1)
.