Opéras Don Giovanni à Gand
Opéras

Don Giovanni à Gand

06/01/2026
Michael Arivony et Alessia Panza. © Annemie Augustijns

Opera Vlaanderen, 17 décembre

Il y a différentes manières d’envisager le personnage de Don Giovanni : comme un révolté, un désespéré, un prédateur, etc. Tom Goossens, à l’occasion de la nouvelle production présentée à l’Opéra Ballet Vlaanderen, en fait le héros d’un mythe sans cesse recommencé. C’est ainsi qu’au cours de l’Ouverture, tous les protagonistes de l’opéra viennent saluer devant le public, tout comme ils reviendront saluer, avec les mêmes costumes, à la fin de la représentation.

Le spectacle se déroule sans décor, dans des lumières changeantes, le fond de la scène simplement pourvu d’un praticable surélevé. Quelques accessoires viennent animer l’espace, notamment une échelle verticale sur laquelle on voit régulièrement monter et descendre avec lenteur le Commandeur, à la manière d’une machine qui viendrait sans cesse rappeler que le châtiment est proche. Plusieurs gags plus ou moins réussis ponctuent par ailleurs l’action : Leporello nous fait sourire en soulevant un tapis tout en longueur qui est en réalité le parchemin où est écrit le catalogue des conquêtes de Don Giovanni ; en revanche, lorsque des poules conduites à la baguette (mais avec douceur) se dandinent de jardin à cour sur le même tapis, l’effet tombe à plat. Au moins les dignes gallinacées ont-elles la délicatesse de ne pas caqueter.

L’une des clefs, ici, est avant tout le soin apporté aux costumes, qui donnent au spectacle sa fraîcheur intemporelle : ils sont faits de tissus légers aux couleurs vives (quoique Don Giovanni et Leporello soient plutôt abonnés au noir), plusieurs personnages s’habillant et se déshabillant rapidement afin de figurer l’évolution des situations. Le tout s’étoffe d’une direction d’acteurs vive et soignée, même si les mouvements chorégraphiques (signés Femke Gyselinck) confiés aux membres du chœur sont parfois hasardeux : faire défiler ces derniers sur le fond de scène, comme pour figurer le temps qui passe (car Don Giovanni est ici un mythe qui défie les siècles, on l’a dit), finit par lasser, surtout quand ils doivent périlleusement marcher en arrière.

La distribution, sans atteindre les sommets, est composée de jeunes chanteurs de bon aloi. Le duo Don Giovanni-Leporello est remarquablement complice, avec un domestique plutôt aristocratique (Michael Mofidian), belle voix claire et présence bondissante, qui répond au Padrone plus massif et moins nuancé de Michael Arivony, qui sans doute à l’avenir affinera sa conception du rôle-titre. Le policé Emanuel Tomljenović renoue avec les Don Ottavio palots qui transforment le personnage en fiancé mièvre, ce qu’il n’est pas.

On salue en revanche la Donna Anna pleine de feu de Kateryna Kasper, de même que la Zerlina espiègle de Sawako Kayaki, un peu perdue dans les ensembles. Justin Hopkins est un Masetto solide, très premier degré, de même que le Commandeur d’Edwin Kaye, uniformément menaçant, cependant qu’Alessia Panza est vocalement sonore mais assez peu expressive, même si sa présence sur scène en fait une Donna Elvira engagée. Elle aussi devrait gagner avec le temps – notons qu’une seconde distribution, avec notamment Marie Lys en Anna et Reinoud Van Mechelen en Ottavio, alterne avec celle entendue ici.

Les vainqueurs du spectacle sont toutefois l’orchestre et son chef, Francesco Corti, par ailleurs directeur musical du théâtre baroque de Drottningholm, qui nous gratifie du duo « Per queste tue manine » entre Leporello et Zerlina, ajouté au second acte lors des reprises à Vienne en 1788 et qu’on entend rarement. Allante, colorée, violente quand il le faut, la direction dose avec éloquence le poids instrumental des différents pupitres dans les récitatifs accompagnés (dès le premier, « Ma qual mai s’offre », qui réunit Anna et Ottavio) et entraîne les chanteurs sans jamais les couvrir. Le continuo, quant à lui, réunit un pianoforte, un clavecin, un violoncelle et une contrebasse ; il contribue par son animation au miroitement sonore de ce Don Giovanni qui sonne, dans la fosse, aussi sensuel qu’articulé.

CHRISTIAN WASSELIN

Michael Arivony (Don Giovanni)
Edwin Kaye (Il Commendatore)
Kateryna Kasper (Donna Anna)
Emanuel Tomljenović (Don Ottavio)
Alessia Panza (Donna Elvira)
Michael Mofidian (Leporello)
Justin Hopkins (Masetto)
Sawako Kayaki (Zerlina)
Francesco Corti (dm)
Tom Goossens (ms)
Sammy Van den Heuvel (d)
Sophie Klenk-Wulff (c)
Dennis Diels (l)

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