Salle Garnier, 29 janvier
Die Walküre, une histoire racontée par et pour les enfants ? C’est ce que semble suggérer Davide Livermore. En effet, avant que ne démarre la musique, on voit en vidéo un Wotan enfant, déjà un bandeau sur l’œil, écrire sur une feuille : « Qui a peur du loup ? », puis en faire un avion lancé en direction des spectateurs. Le procédé se reproduira au début de chaque acte, et à un moment donné, c’est une jeune Brünnhilde qui écrit un message faisant part de sa relation douloureuse à son père. Et un couple d’enfants, garçon et fille, sera présent au début du spectacle, comme à la fin.
Sur les premières mesures haletantes du Prélude, un avion tente de trouver un chemin au milieu des éclairs d’un ciel orageux. Soudain, c’est le crash. Un homme réussit à s’en sortir grâce à son parachute. C’est Siegmund. Et lorsque le rideau se lève, le décor représente la carcasse d’un autre avion, échoué depuis longtemps et dans lequel vit Sieglinde. Toute la représentation baignera dans une ambiance de science-fiction, avec un système de projections vidéo très performant qui fera se succéder des éléments déchaînés, un Wallhalla de bande dessinée ou des planètes qui tournent sur elles-mêmes.
On le voit, le spectacle se veut avant tout ludique et spectaculaire, à mi-chemin entre Indiana Jones, Star Wars et un immense jeu vidéo. Car pour le reste, le concept dramaturgique et la direction d’acteurs ont bien du mal à se dégager. Pourquoi tout à coup dédoubler Wotan lors de la scène avec Fricka ? Pourquoi tripler un peu plus tard Brünnhilde entre une enfant, la chanteuse et une statue vivante ? Cela n’est certes pas suffisant mais se différencie tellement des productions qui se veulent signifiantes et lourdes de sens qu’on finit par se laisser distraire.
Rien à reprocher, en revanche, du côté de la distribution, dominée par le couple de jumeaux. Joachim Bäckström est un Siegmund à la voix puissante, au timbre d’airain, lançant les fameuses imprécations au père avec une vaillance et un souffle qui impressionnent. Il est vrai que la salle monégasque est de petite taille pour un opéra wagnérien et que les voix y passent particulièrement bien, mais on ne doute pas qu’il soit tout aussi performant dans une salle plus grande. Libby Sokolowski campe une Sieglinde au timbre un peu plus sombre et à l’émission un peu tendue, mais fait preuve d’un lyrisme rayonnant dans les moments d’abandon ou dans sa déchirante fuite au III.
La Brünnhilde de Nancy Weissbach ne lui est en rien inférieure, avec une voix solide, une ligne de chant soignée et une belle prestance physique. Le Hunding sans surprise de Wilhelm Schwinghammer demeure très efficace, les huit Walkyries font preuve d’homogénéité et de cohérence, et dans son unique scène, Ekaterina Semenchuk s’impose en Fricka : avec classe, élégance, un timbre profond et sensuel, elle sort le personnage de la rigidité et de l’austérité auxquelles il est trop souvent associé. Seule relative déception, le Wotan de Daniel Scofield – remplaçant Matthias Goerne initialement prévu –, qui chante avec subtilité mais manque de grave et d’autorité pour traduire tous les doutes et tourments de ce dieu dont le déclin s’annonce.
La direction de Gianluca Capuano, enfin, est à l’image de la production : rapide, efficace, privilégiant l’effet sur la finesse du détail. On peut s’étonner de la présence dans la fosse des Musiciens du Prince, qui jouent sur instruments d’époque et sont plutôt spécialistes du répertoire baroque, mais force est de reconnaître que leur Wagner ne manque ni de puissance, ni d’énergie, ni de vitalité.
PATRICK SCEMAMA
Joachim Bäckström (Siegmund)
Wilhelm Schwinghammer (Hunding)
Daniel Scofield (Wotan)
Libby Sokolowski (Sieglinde)
Nancy Weissbach (Brünnhilde)
Ekaterina Semenchuk (Fricka)
Gianluca Capuano (dm)
Davide Livermore (ms)
Eleonora Peronetti, Paolo Gep Cucco & Davide Livermore (d)
Gianluca Falaschi (c)
Antonio Castro (l)
D-Wok (v)