Opéras Die Fledermaus à Liège
Opéras

Die Fledermaus à Liège

04/01/2026
Filip Filipović, Anne-Catherine Gillet, Enkeleda Kamani et Markus Werba. © ORW Liège/Jonathan Berger

Opéra Royal, 19 décembre

Il y a un tel ressort comique dans Die Fledermaus qu’il faut beaucoup réfléchir avant de prétendre y ajouter ou modifier quoi que ce soit. C’est pourquoi Olivier Lepelletier-Leeds a prudemment choisi « de raconter cette histoire de manière fidèle mais originale », en faisant évoluer les personnages « comme des millionnaires vivant sur les hauteurs de Los Angeles, tout en [s’]inspirant des séries cultes des années 1980 comme Dynastie ». En réalité, cette époque se résume dans son spectacle à quelques décors et quelques allusions, comme ces refrains en anglais un peu trop répétés par Alfred au premier acte. Au II, le Prince Orlofsky est d’abord costumé et perruqué alla Marlene Dietrich, et les plumes qui animent l’acte entier auraient pu être agitées aux Folies Bergère ou au Casino de Paris. La référence annoncée est on ne peut moins appuyée.

L’essentiel est que la belle architecture de l’œuvre et son irrésistible mécanique théâtrale ne soient pas fracturées. Ce spectacle vivant, coloré, rythmé, n’a ainsi d’autre ambition que de nous faire éprouver le sentiment d’ivresse qui jaillit à chaque instant de cette partition prodigue qu’est Die Fledermaus, donnée ici en allemand, dialogues compris, avec ces mots français qui, saupoudrés dans le livret, participent du vocabulaire délicieux de la galanterie (« toilette », « grand souper », « tête-à-tête », etc.).

Vocalement, la distribution est dominée de loin par les voix féminines, qui d’une certaine manière recomposent une typologie mozartienne : avec ou sans masque, Anne-Catherine Gillet a en Rosalinde puis en comtesse hongroise l’élégance d’une aristocrate par l’aisance scénique et la beauté du timbre et du phrasé. La Csárdás du II, nostalgique puis endiablée, lui va comme un gant. La pétillante Enkeleda Kamani ne renouvelle pas le rôle d’Adele mais transcende la figure de la soubrette par sa manière froufroutante d’aborder « Mein Herr Marquis », avec sa pluie de vocalises, ou, au troisième acte, « Spiel’ ich die Unschuld vom Lande », où elle évoque sa velléité de devenir actrice. En Prince Orlofsky, Christina Bock fait un usage idéal de sa haute taille et d’une voix dont les graves ambigus font merveille. On salue au passage la bonne santé de Marion Bauwens dans les brèves interventions d’Ida.

Côté masculin, les rôles sont plus inégalement distribués. En jean et tee-shirt, Filip Filipović (Alfred) livre une parodie un peu trop soulignée de ténor italien, cependant que Markus Werba pourrait donner un tour un peu moins agité au personnage d’Eisenstein, qu’il chante uniformément fort et sans lui donner le charme de l’équivoque. Maxime Melnik en rajoute un peu en caricature de l’avocat Blind, et Pierre Doyen fait ce qu’on attend de lui en Docteur Falke. Surtout, on nous fait grâce de l’interminable monologue de Frosch, le gardien de la prison, joué ici par Créatine Price, qui interprète également Ivan, le maître de cérémonie d’Orlofsky : deux petits rôles qui prennent de la chair grâce à un artiste à la fois drag-queen et ténor, très à l’aise dans le jeu du travestissement.

Un chœur enjoué ajoute à la bonne humeur du spectacle, auquel contribue la direction de Nikolas Nägele, qui sait faire entendre les trouvailles instrumentales de la partition ainsi que les rythmes (de valse, de polka, de csárdás) dont elle est tissée. Précisons que plusieurs pages instrumentales de Johann Strauss sont ajoutées, notamment au premier acte (mais aussi à l’occasion d’un cancan au II), afin de mettre en valeur figurants et danseurs qui évoluent avec bonheur dans la chorégraphie sans-façon de Carmine De Amicis.

CHRISTIAN WASSELIN

Markus Werba (Gabriel von Eisenstein)
Anne-Catherine Gillet (Rosalinde)
Samuel Namotte (Frank)
Christina Bock (Prinz Orlofsky)
Filip Filipović (Alfred)
Pierre Droyen (Dr. Falke)
Maxime Melnik (Dr. Blind)
Enkeleda Kamani (Adele)
Marion Bauwens (Ida)
Créatine Price (Ivan, Frosch)
Nikolas Nägele (dm)
Olivier Lepelletier-Leeds (ms)
Hernán Peñuela (d)
David Belugou (c)
Patrick Méeüs (l)

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