Opéras Dido and Aeneas à Clermont-Ferrand
Opéras

Dido and Aeneas à Clermont-Ferrand

31/01/2026
Grace Durham et Clara Penalva. © Yann Cabello

Opéra-Théâtre, 18 janvier

Véritable concentré d’opéra, Dido and Aeneas est une œuvre allusive, jouant d’ellipses pour nous présenter en trois actes et un prologue, et à peine plus d’une heure, les phases de la tragédie amoureuse de la reine de Carthage : sa résistance d’abord, sa reddition ensuite, et l’abandon d’Aeneas suivi de sa fin fatale. Quelques intermèdes choraux et scènes pittoresques – le sabbat des sorcières, la beuverie des marins – viennent en rehausser par contraste la profonde unité.

Pour cette production de l’ensemble Les Surprises, destinée à tourner un peu partout en France, Pierre Lebon a voulu en amplifier les contrastes et l’enrichir avec des ajouts théâtraux (venus d’Ovide et de Shakespeare) qu’il assure lui-même dans l’esprit des « masques » elisabéthains, et chorégraphiques à travers un couple de danseurs, dont le très athlétique Aurélien Bednarek, qui vient mimer en contrepoint les épisodes du drame et tout un ensemble « shanties » pour la scène des marins. À trop vouloir l’enrichir, son approche finit par dénaturer l’œuvre, dont l’unité et le caractère noble se perdent au profit d’une vision à la limite de la parodie.

À tout moment, l’attention est détournée de l’essentiel par cette volonté illustratrice qui surcharge le discours. L’esthétique du décor Renaissance avec son petit castelet, mêlée à l’éclectisme des costumes marins de toutes époques et de tous styles est affaire de goût. Ils transforment l’héroïne en institutrice victorienne, Belinda et les suivantes en nonnes à fraise et Aeneas en marin pêcheur en ciré noir. L’orchestre participe au spectacle et, grimé et déguisé, joue en mouvement sans jamais perdre sa cohérence tandis que le décor, sur tournette, ajoute encore à l’activité incessante d’une mise en scène un peu envahissante. 

Montée avec les lauréates du 28e Concours de chant de Clermont-Ferrand, cette production se révèle, musicalement, proche de l’idéal. En attribuant le rôle d’Aeneas à une mezzo, elle nous rappelle qu’à l’origine, l’opéra « de collège » fut destiné à une distribution féminine et n’y perd rien en vérité stylistique.

En Dido, Blandine de Sansal s’impose avec une splendide voix de grand lyrique et un style impeccable, plein de retenue, qui font de sa scène finale un moment profondément émouvant. Incarnant Aeneas, Grace Durham lui offre une belle réplique avec son timbre profond et chaleureux. On savoure la délicate Belinda de Clara Penalva, qui assure également le rôle du Spirit, faux messager des Dieux, déguisé en petit facteur. La Sorceress d’Eugénie Lefebvre mène le trio des sorcières dans une composition pleine de verve, reposant exclusivement sur la musique de Purcell, qui lui vaut les seuls applaudissements à scène ouverte de la représentation, prouvant qu’au génie il n’y a rien à ajouter.

Les chœurs sont assurés avec une belle homogénéité par l’ensemble des solistes pour un résultat très convaincant. De son clavecin qu’il quitte de temps en temps pour s’intégrer à la mise en scène, Louis-Noël Bestion de Camboulas dirige avec finesse une bien belle interprétation qui mériterait d’être fixée. Cette production tourne cette saison à Limoges, Châtellerault, Poissy, Tourcoing, Enghien-les Bains, Roanne, Herblay-sur-Seine et au Festival Radio France Montpellier Occitanie, puis à Bordeaux la saison prochaine.

ALFRED CARON

Blandine de Sansal (Dido)
Clara Penalva (Belinda, Spirit)
Louise Bourgeat (Second Woman, First Witch)
Grace Durham (Aeneas)
Eugénie Lefebvre (Sorceress)
Juliette Gauthier (Second Witch, Sailor)
Louis-Noël Bestion de Camboulas (dm)
Pierre Lebon (ms/dc)
Iris Florentiny (ch)
Bertrand Killy (l)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras Siegfried à Paris

Siegfried à Paris

Opéras Don Pasquale à Toulon

Don Pasquale à Toulon

Opéras La Périchole à Saint-Étienne

La Périchole à Saint-Étienne