Opéras Barbe-Bleue à Lausanne
Opéras

Barbe-Bleue à Lausanne

12/01/2026
Héloïse Mas et Florian Laconi. © Carole Parodi/OPL

Opéra, 21 décembre

Reprise d’une coproduction à succès de 2019 entre l’Opéra de Lyon (voir O. M. n° 153 p. 57) et celui de Marseille (voir O. M. n° 158 p. 50), ce Barbe-Bleue est le parfait spectacle de fêtes de fin d’année, joyeux et loufoque. Composé en 1866, deux ans après La Belle Hélène, l’œuvre explore une nouvelle fois les thèmes de la sexualité et du pouvoir en caricaturant le conte de Perrault, qui n’a dès lors plus rien d’inquiétant.

Spécialistes d’Offenbach depuis près de trente ans, Laurent Pelly et ses comparses Agathe Mélinand et Chantal Thomas, reprennent les recettes qui ont fait leur succès : actualisation du texte, décors et costumes intemporels, dynamique des interactions, des mouvements, des danses. À ce jeu, il faut donc des chanteurs/acteurs capables de grossir le trait et de s’imposer sur scène lors des passages parlés, essentiels dans ces pages si proches du théâtre de boulevard de l’époque. Composée d’interprètes ayant participé à l’une ou l’autre ou aux deux productions de Lyon et Marseille, la distribution a déjà fait ses preuves.

Ainsi, Florian Laconi campe un Barbe-Bleue mémorable. Tout dans son attitude incarne le contentement de soi, la faconde, la boulimie de femmes. Le ténor affiche par ailleurs un timbre puissant et une solide technique lui permettant de naviguer avec aisance entre théâtre et musique. Face à lui, la Boulotte d’Héloïse Mas est elle aussi irrésistible. La mezzo impose son charisme scénique et vocal avec brio. Elle assume avec gourmandise la nature débordante de son personnage, en soulignant son féminisme et sa débrouillardise. La voix est riche, la projection impeccable.

Le deuxième couple de l’opéra, Fleurette et le Prince Saphir, est un peu moins convaincant. La soprano Jennifer Courcier peine à se faire entendre, sa voix semblant assez fragile et son jeu un peu convenu. S’il ne démérite pas, Jérémy Duffau est un peu effacé, sans doute du fait des ressorts comiques moindres de son rôle, hormis son « jeté de mèche ». Le ténor n’en demeure pas moins élégant dans ses phrasés et sa musicalité.

Christophe Mortagne ose quant à lui tous les excès et offre un Roi Bobèche truculent et grotesque à souhait. Le jeu comme le chant servent ce personnage que l’on adore détester. Bien que secondaire, le rôle de la Reine Clémentine retient l’attention car remarquablement interprété par Julie Pasturaud. Christophe Gay, Popolani désopilant et très efficace, et Thibault de Damas, Comte Oscar un peu terne, viennent compléter cette équipe zélée.

Au pupitre, Alexandra Cravero, qui dirige pour la première fois la Sinfonietta de Lausanne, adopte une direction nerveuse et lumineuse, magnifiant chaque mesure de la partition, des moments les plus bouffes aux quelques pages plus sombres. Le triomphe réservé par le public de la première est donc encore une fois amplement mérité. Il est rare de s’amuser autant à l’opéra !

KATIA CHOQUER

Florian Laconi (Barbe-Bleue)
Christophe Mortagne (Le Roi Bobèche)
Thibault de Damas (Le Comte Oscar)
Christophe Gay (Popolani)
Jérémy Duffau (Le Prince Saphir)
Héloïse Mas (Boulotte)
Julie Pasturaud (La Reine Clémentine)
Jennifer Courcier (Fleurette)
Alexandra Cravero (dm)
Laurent Pelly (ms/d)
Chantal Thomas (d)
Joël Adam (l)

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