
3 CD Alpha Classics ALPHA 1193
Oublier le monument pour retrouver le théâtre : tel est le pari de cette nouvelle lecture d’Atys. En interrogeant des manuscrits récemment découverts, Alexis Kossenko ne restaure pas une œuvre du passé, mais réactive un drame vivant, tendu, superbement incarné.
Sous l’apparence d’un retour aux sources, ce projet engage bien davantage qu’un travail de restitution : il propose une nouvelle approche. En abordant Atys par la voie exigeante de la recherche et d’une fidélité scrupuleuse au texte lullyste, Alexis Kossenko et le Centre de Musique Baroque de Versailles déplacent en profondeur notre manière d’entendre l’ouvrage. Loin de toute archéologie figée, le savoir musicologique irrigue ici une pensée théâtrale vivante, où l’érudition aiguise le drame. L’entreprise repose sur un travail préparatoire qui interroge les sources, les effectifs, l’ornementation et les pratiques vocales. C’est l’Atys de 1676, tel qu’il put résonner à Saint-Germain-en-Laye, qui sert de matrice, ressuscité par une confrontation minutieuse du livret imprimé et de la partition manuscrite.
Le paysage instrumental s’en trouve profondément rééquilibré. Le rétablissement d’un usage mesuré des hautbois, conforme aux pratiques des années 1670, et le recours ponctuel à la basse de cromorne rappellent que le doublement systématique des cordes n’allait alors nullement de soi. Souvent laissés à eux-mêmes, les violons gagnent en netteté et en mordant, tandis que certaines danses, privées de continuo, retrouvent une légèreté mobile, presque aérienne. Même exigence dans le traitement du chœur. En réactivant l’hypothèse de formations chorales multiples, aux fonctions et aux tailles différenciées, le Prologue comme le dénouement acquièrent une saisissante profondeur spatiale. Les masses vocales dialoguent et se répondent, dessinant une dramaturgie de l’écho et du mouvement.
Les récitatifs constituent l’autre axe majeur de cette lecture. Pris au sérieux dans leur notation rythmique, ils restituent un « parler » musical finement différencié, souple et attentif aux affects. Nulle démonstration appuyée : la direction d’Alexis Kossenko privilégie l’articulation, la clarté, l’évidence du phrasé. L’orchestre séduit par l’éclat contenu de ses timbres, la verdeur expressive des hautbois, la transparence des forces chorales.
Cette retenue subtile n’amoindrit en rien la puissance tragique. Mathias Vidal campe un Atys fiévreux, progressivement emporté jusqu’à la folie ; Tassis Christoyannis impose un Célénus d’une noblesse intériorisée ; Sandrine Piau incarne une Sangaride fragile et lumineuse, face à la Cybèle souveraine et profondément humaine de Véronique Gens. Les seconds rôles, luxueusement distribués, participent pleinement à la cohérence de l’ensemble. Ainsi conçue, cette nouvelle lecture d’Atys, surnommé « l’opéra du roi », ne se contente pas d’éblouir : elle reconfigure littéralement notre écoute de l’œuvre. Une version appelée à faire date.
CYRIL MAZIN
3 CD Alpha Classics ALPHA 1193
Mathias Vidal (Atys) – Véronique Gens (Cybèle) – Sandrine Piau (Sangaride) – Tassis Christoyannis (Célénus) – Hasnaa Bennani (Doris) – Éléonore Pancrazi (Melpomène, Mélisse) – Adrien Fournaison (Inas, Phobétor) – David Witczak (Le Temps, un songe funeste, le fleuve Sangar) – Antonin Rondepierre (un zéphyr, Morphée, un dieu des fleuves) – Virginie Thomas (Flore, une divinité de fontaines) – Marine Lafadal-Franc (Iris, une divinité de fontaines) – Reinoud Van Mechelen (Le Sommeil) – François-Olivier Jean (Phantase) – Constance Palin (une divinité de fontaines) – Madeleine Prunel (une divinité de fontaines) – Carlos Rafael Porto (un dieu des fleuves) – Marie Baron (un petit dieu de ruisseau) – Henri de Montalembert (un petit dieu de ruisseau)
Les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles, Les Ambassadeurs, La Grande Écurie, dir. Alexis Kossenko
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