1 CD Signum Classics SIGCD921

Les récitals consacrés aux airs gluckistes demeurent rares ; on accueille donc avec un intérêt d’autant plus vif ce programme défendu par Ann Hallenberg et The Mozartists, formation aguerrie aux raffinements du répertoire préclassique. Les huit partitions retenues, composées entre 1744 et 1770 et souvent bâties sur des livrets de Métastase, dessinent le portrait d’un Gluck plus virtuose et plus théâtral qu’on ne le suppose généralement. Il trionfo di Clelia (1763) s’impose comme l’axe majeur du parcours. Hallenberg y reprend le rôle d’Orazio créé pour le castrat Giovanni Manzuoli : de la messa di voce irisée de « Resta, o cara » à la charge martiale de « De’ folgori di Giove », la mezzo affirme un chant ductile, une vélocité impeccablement canalisée et des aigus d’une autorité tranquille. Le souvenir de Mary-Ellen Nesi, héroïne de l’intégrale de cet opéra chez MDG (2012), demeure prégnant. Plus viscérale, la mezzo grecque embrasait ces pages d’une intensité immédiate, tandis que la Suédoise en effleure la grâce ornementale, là où le phrasé réclamerait peut-être davantage de mordant. De même, sous la direction limpide et précise de Ian Page, The Mozartists peinent çà et là à retrouver l’urgence dramatique qu’Armonia Atenea atteignait avec Giuseppe Sigismondi de Risio, même si leur élégance confère au programme une belle cohérence d’ensemble. La comparaison avec Cecilia Bartoli (Gluck: Italian Arias, Decca, 2001) s’impose dans les airs de Fulvia (Ezio, 1750), d’Erato (Il Parnasso confuso, 1765) ou d’Ircano (La Semiramide riconosciuta, 1748). L’Italienne demeure inégalée pour insuffler au simple tissu musical un théâtre intérieur où la tension dramatique affleure avec évidence. Hallenberg, portée par une technique souveraine et le velouté de son phrasé, n’en préserve pas moins charme, justesse de ton et distinction stylistique. « O del mio dolce ardor » (Paride ed Elena, 1770) laisse une impression plus diffuse : médium, appuis et émotion tendent à s’y dissoudre… loin de l’ardeur sensible de Magdalena Kožená (Le belle immagini, DG 2002) et de la poésie intériorisée d’Anne Sofie von Otter (Opera Arias: Gluck, Haydn & Mozart, Archiv Produktion 1997). Le répertoire convoque enfin une autre grande figure tutélaire : Janet Baker, qui dans son mythique Gluck: Opera Arias (Decca, 1975) élevait certaines de ces pages à une noblesse presque orphique. Ces modèles rappellent combien ce style exige un juste équilibre entre tension dramatique et pudeur expressive. Malgré ces comparaisons, le disque impose son propre charme. Hallenberg y déploie autorité et musicalité intactes ; et les raretés – Le nozze d’Ercole e d’Ebe (1747), Ipermestra (1744) – révèlent un Gluck trop souvent délaissé, dont la sensibilité et l’humanité se voient ici subtilement célébrées.

CYRIL MAZIN

Gluck Arias

The Mozartists, dir. Ian Page

1 CD Signum Classics SIGCD921

.

Pour aller plus loin dans la lecture

CD / DVD / Livres Hector Berlioz Épistolier, journaliste, librettiste et mémorialiste par François Brunet

Hector Berlioz Épistolier, journaliste, librettiste et mémorialiste par François Brunet

CD / DVD / Livres Opéra(s) art total par Agathe Poupeney (photos) et Thuy-Diep Nguyen (texte)

Opéra(s) art total par Agathe Poupeney (photos) et Thuy-Diep Nguyen (texte)

CD / DVD / Livres En finir avec les idées fausses sur l’opéra par Jean-Philippe Thiellay

En finir avec les idées fausses sur l’opéra par Jean-Philippe Thiellay