Opéras Alice à Avignon
Opéras

Alice à Avignon

03/04/2025
© Cédric Delestrade/Studio Delestrade – Avignon

Opéra, 29 mars

Ouvrage intemporel, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll a connu un succès retentissant également au cinéma, adapté par Norman Z. McLeod, Tim Burton, Walt Disney ou encore Jean-Christophe Averty. Séduits par ses éléments fantastiques, les musiciens n’ont pas été en reste. Tout le monde, ou presque, connaît la chanson pop « I Am The Walrus » des Beatles, et l’opéra Alice des Italiens Arturo Annecchino et Sergio Rendine, destiné à la RAI, a obtenu la mention spéciale du Prix Italia en 1987, tandis que la compositrice Unsuk Chin s’est distinguée, sur un livret de David Hwang, avec une Alice mémorable, mise en scène par Achim Freyer à Munich, en 2007. 

Formé au Conservatoire Guiseppe-Verdi de Milan, puis à l’Académie Sainte-Cécile de Rome et à l’IRCAM (Paris) jusqu’en 2008, Matteo Franceschini s’est lui aussi penché sur Alice, confiant le texte à Édouard Signolet, comédien et homme de spectacle dont le livret retient plusieurs scènes originales resserrées autour de cinq personnages. Commande de l’Orchestre National d’Île-de-France et de la Philharmonie de Paris, cette Alice a été créée et mise en espace en 2016. Neuf ans plus tard, sa partition réduite à dix-huit musiciens et chœur d’enfants à la demande du Teatro Regio di Parma et de la Fondazione Haydn, le compositeur retrouve à Avignon les cinq solistes de la création pour une nouvelle production signée Caroline Leboutte. La partition doit beaucoup à l’inventivité qu’elle y déploie, associée à un sens du rythme et de la couleur, bien complices du texte. Les chanteurs y endossent plusieurs rôles, passant d’un costume à l’autre avec maestria, tandis que la musique joue elle aussi du contraste et de la diversité : « Le texte dit une chose, tandis que la musique et la mise en scène en disent une autre », notait Matteo Franceschini dans un dialogue avec le public préludant à la création.

Alice, la soprano Élise Chauvin, qui répète inlassablement qu’elle s’ennuie en ouverture de l’opéra, rappelle bien sûr le personnage de L’Enfant et les sortilèges de Colette et Ravel, avant que son imagination ne la porte au-delà du miroir à la poursuite d’un Lapin blanc, endossé par le ténor Rémy Poulakis. S’ensuit une série de péripéties orchestrées avec un raffinement qu’on attribue sans peine aux origines italiennes du compositeur, maître dans l’art des références. Ainsi, du grand opéra au cabaret, de la musique médiévale à la chanson populaire, de l’opérette à Broadway, Franceschini use et abuse de l’histoire de la musique avec talent. On songe à la figure tutélaire de Berio qui, à la suite de Kurt Weill, revisitait lui aussi le passé avec brio. Le passage de la parole au chant s’opère avec naturel – encore l’une des vertus de cette Alice –, et l’orchestre en fosse ne ménage pas ses efforts pour épouser les circonvolutions de la partition. Même si la direction de David Greilsammer, jusque-là guère présent dans le répertoire lyrique, manquait clairement de souplesse ce soir-là dans l’équilibre sonore que réclame un tel spectacle qui, pour surfer d’un genre à l’autre, n’en est pas moins d’une précision de haute voltige.

FRANCK MALLET

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