Enregistrée à Versailles avant une série de concerts mémorables, cette nouvelle interprétation d’Alceste de Lully consacre l’affinité profonde de Stéphane Fuget et son ensemble Les Épopées avec la tragédie lyrique.
Alceste est le fruit de la deuxième collaboration du tandem Quinault-Lully. Composée d’un prologue et de cinq actes, l’œuvre s’impose dès lors comme le paradigme de la tragédie lyrique à la française. Sa première représentation, à l’Académie Royale de Musique à Paris en 1674, fut pourtant marquée par une fameuse cabale. Lully, qui venait tout juste d’obtenir le privilège de l’opéra, se retrouva rapidement au centre de vives attaques. Ses détracteurs ne cessèrent de le critiquer, parfois même de -l’humilier, en s’en prenant notamment au livret, jugé trop librement inspiré de l’œuvre -d’Euripide. Ils fustigèrent également l’introduction d’éléments comiques, perçus comme inappropriés pour un genre considéré comme strictement académique. Malgré ces oppositions, le succès retentissant qu’eut l’ouvrage à la Cour et ses innombrables reprises finit par consacrer son art.
La version de Stéphane Fuget frise tout simplement la perfection. Enregistré en janvier 2024 juste avant les concerts donnés à l’Opéra Royal de Versailles, au Théâtre des Champs-Élysées et au Theater an der Wien, ce disque cristallise en un sens l’excellence du projet. Il faut dire que la distribution atteint ici des sommets en termes d’expressivité et de style. La fine fleur du chant baroque français y est de fait représentée. Dans le rôle-titre, Véronique Gens est simplement magistrale. Tout dans son incarnation respire la noblesse, la subtilité et l’expressivité. Son timbre altier transcrit à merveille chacun des affects de l’héroïne. Nathan Berg est lui aussi d’une superbe prestance dans le rôle d’Alcide. Son timbre profond de baryton-basse ne manque ni de vigueur ni de rondeur. Toujours aussi subtil dans ses inflexions, Cyril Auvity est assurément un Admète des plus touchants.
Tous les autres chanteurs assumant plusieurs rôles brillent par leur éloquence : Guilhem Worms offre sans réserve sa voix généreuse et ductile, Camille Poul est la séduction même, Léo Vermot-Desroches fait preuve d’une versatilité remarquable, Geoffroy Buffière laisse son médium agir avec délicatesse, Claire Lefilliâtre envoûte par la finesse de ses pointes, tandis que Juliette Mey et Cécile Achille rivalisent de charme. À la tête de son orchestre et du chœur de l’Opéra Royal, Stéphane Fuget livre une version très habitée et théâtrale de cette œuvre déjà célébrée au disque par Christophe Rousset en 2017 et Jean-Claude Malgoire en 1992. Inutile de dire que ces versions très différentes les unes des autres n’auront aucun mal à cohabiter.
CYRIL MAZIN
3 CD Château de Versailles Spectacles CVS 149