CD / DVD / Livres Adriana González : Rondos for Adriana
CD / DVD / Livres

Adriana González : Rondos for Adriana

03/02/2026

1 CD Audax Records ADX 11215

Ce très beau disque est à la fois un portrait musical de la cantatrice Adriana Ferrarese del Bene (créatrice de Fiordiligi) et un panorama de l’air en rondo, très en vogue dans ces années 1780, et dont la chanteuse s’était fait une spécialité. Cette forme d’air avec thème repris et couplets, on le sait, a inspiré à Mozart de superbes moments d’introspection (en particulier pour la Comtesse, Elvira, Fiordiligi, Vitellia), en une sorte d’équivalent en musique des stances cornéliennes. 

De fait, ce programme passionnant permet, à côté des bien connus airs de la Comtesse – que ne chanta pas la Ferrarese – et de Fiordiligi, et du moins célèbre air alternatif de Susanna « Al desio di chi t’adora », la redécouverte de très jolis airs inconnus de contemporains comme Martín i Soler, Tarchi, Bertoni, Giordani, Anfossi ou Weigl. C’est aussi une excellente carte de visite pour la jeune soprano guatémaltèque qui, en mozartienne confirmée (elle a déjà été à la scène Zerlina, Despina, Serpetta, Pamina, la Comtesse et Fiordiligi), et soutenue par la direction amoureuse d’Iñaki Encina Oyón à la tête d’un Ensemble Diderot virtuose et aux couleurs fruitées, fait valoir la luminosité de son timbre, sa technique à l’ancienne avec de superbes piani aigus, et sa sensibilité frémissante.

La Ferrarese était réputée pour son immense ambitus, avec des graves puissants, une extension au suraigu très facile (son contre-mi avait stupéfié le musicologue Charles Burney !), et un goût pour le canto di sbalzo (sauts de registres) que Mozart exploita pour sa Fiordiligi. Le chef s’est inspiré de la version ornée de l’aria « Teco porta » de Martín i Soler, qui nous est parvenue et que l’on entendra ici, pour concocter dans le reste du programme des variations très sophistiquées, avec ruptures de registres, diminutions très rapides et moult suraigus (contre ré et mi !) rajoutés : c’est fort spectaculaire, mais parfois téméraire, et à notre goût souvent trop éloigné de la ligne originale, avec un tropisme trop systématique vers l’aigu.

Ainsi, certains traits pourront sembler un peu bousculés, notamment dans la coda du brillant « Partirò dal caro bene » de Giordani, mais aussi à la fin du « Dove sono ». Aussi est-ce le cantabile noble et simple du « Mater cara, extremum vale » de Bertoni qui nous touche tout spécialement, permettant d’entendre l’émotion d’une artiste rare qui devrait trouver dans des emplois pleinement lyriques – comme le prouve sa récente Desdemona strasbourgeoise – et aux tessitures moins stratosphériques son plein épanouissement.

THIERRY GUYENNE

1 CD Audax Records ADX 11215

Ensemble Diderot, dir. Iñaki Encina Oyón, Johannes Pramsohler (violon)

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