Opéra, 3 octobre
Déjà relevée lors de la création parisienne (voir O. M. n° 219 p. 106), l’extrême nudité de la mise en scène de Ted Huffman demeure le point problématique de cette reprise rennaise de Werther. L’espace unique ne propose qu’une table, quelques chaises et un orgue dont les tuyaux ornés finissent presque par faire figure d’événement dans cette radicalité visuelle. Plus gênant encore, rien ne vient réellement matérialiser le passage du temps pourtant revendiqué par Huffman, ni son influence sur l’impossible relation entre Werther et Charlotte. À force de refuser l’effet et le pathos, la direction d’acteurs produit une forme d’anémie sentimentale. Théâtre de l’épure, certes, mais aussi de l’évitement.
Le plateau remet heureusement de la chair dans ce dispositif. Pour sa prise de rôle, Julien Behr engage Werther tout entier, avec une nervosité et une impulsivité qui en font sentir les angles psychologiques autant que la part de naïveté. Le personnage paraît constamment au bord du débordement, et le ténor trouve dans cet engagement une présence qui compense largement l’austérité de la scène. Lucie Peyramaure impose une Charlotte particulièrement touchante. La voix possède un beau volume, une franchise immédiate et surtout une qualité d’émotion qui ne semble jamais fabriquée. Son incarnation s’impose progressivement, avec une simplicité et une évidence qui lui valent un beau succès. Anas Séguin campe un Albert solide, Manon Lamaison une Sophie vive et naturelle, tandis que Marc Scoffoni prête au Bailli une bonhomie parfois un peu brute mais efficace.
Dans une acoustique que les cintres largement découverts ne favorisent guère, Chloé Dufresne tire le meilleur de l’Orchestre National de Bretagne. Sa direction privilégie la mobilité des lignes, les respirations et les couleurs, avec une sensibilité qui ne bascule jamais dans le sentimentalisme. La fosse accompagne ainsi le mouvement intérieur de l’œuvre sans en forcer les épanchements. C’est finalement par les voix et l’orchestre que cette reprise retrouve la température émotionnelle que la scène lui refuse.
DAVID VERDIER
Julien Behr (Werther)
Anas Séguin (Albert)
Marc Scoffoni (Le Bailli)
Benoît-Joseph Meier (Schmidt)
Florent Karrer (Johann)
Lucie Peyramaure (Charlotte)
Manon Lamaison (Sophie)
Chloé Dufresne (dm)
Ted Huffman (ms/d)
Astrid Klein (c)
Bertrand Couderc (l)
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